Un homme et une femme déjeunent sur la terrasse d’un petit restaurant de campagne. Sur la bande-son, des infrabasses augurent d’angoisses à venir tandis qu’un oud inscrit le film en Orient, au Liban plus précisément. Le ciel s’assombrit, un orage gronde au loin, des avions de combat strient le ciel. La menace se précise lorsqu’une panne d’électricité suspend la musique. Le couple, qu’on devine au bord de la rupture ou proche de la réconciliation, s’aventure dans un no man’s land qui semble se situer entre le Rohan de Tolkien et la Zone de Tarkovski.

Balade avec l’amour et la mort, Al Naher («La Rivière»), huitième long métrage de Ghassan Salhab, rappelle que les films cataclysmiques les plus saisissants sont les plus insidieux. Pas de cris, pas d’explosions dans ce paysage d’une étrange beauté, mais un sentiment de solitude, des symboles indéchiffrables, un grand chien noir – tiens? comme dans Stalker… – beau comme Anubis, un pistolet dans la poche de l’homme, quelques ruines de béton, le regret que ce jardin mûrissant des pommes tardives n’abrite pas de serpent, une étoile dessinée à la pointe d’un bâton dans le sol – est-ce l’étoile Absinthe dont parle l’Apocalypse?

Peut-être la fin du monde que pressentent ces stances de l’inquiétude se résume-t-elle à la fin d’une relation amoureuse? L’homme pénètre dans une grotte initiatique, franchit une rivière évoquant le Styx. Est-il mort? A-t-il rejoint la civilisation? Il n’y a pas de mode d’emploi dans les poèmes.