Dans un court ouvrage, Alain Badiou, figure de la gauche radicale française, propose une relecture de deux phases communistes qui ont marqué le XXe siècle, la Révolution russe d’octobre 1917 et la Révolution culturelle en Chine. La première vient de fêter son 100e anniversaire, mais, selon le philosophe, de la pire des manières: en partant de l’échec de cette révolution sous le régime stalinien et ses dérives totalitaires. «La mort d’une révolution s’obtient par une calomnie savante», écrit-il, lapidaire. Une position radicale et sans nuance qui refuse d’entrer dans le débat sur le totalitarisme: en germe dans le communisme ou dérive évitable? Pour Badiou, il est clair que les possibles que portent ces révolutions justifient d’ignorer la manière dont elles se sont abîmées.

Enthousiasme partagé

Il nous propose donc de changer de lunettes. Au lieu des lorgnons sévères du capitalisme, il propose le binocle attentif du révolutionnaire et observe ce que ces deux périodes renferment de réussites: l’auto-organisation du peuple, l’invention politique constante, l’union des ouvriers et des étudiants, tout ce qui a «enthousiasmé pendant au moins soixante ans des millions de gens, de l’Europe à l’Amérique latine, de la Grèce à la Chine, de l’Afrique du Sud à l’Indonésie».

La position est originale pour questionner la grille de lecture à laquelle l’histoire récente nous a habitués, mais le résultat reste anecdotique. Le livre regroupe deux conférences et deux analyses de textes rédigées pour un ouvrage encore à paraître et l’absence de conclusion laisse un goût d’inachevé.


Alain Badiou, «Petrograd, Shanghai. Les deux révolutions du XXe siècle», La fabrique Editions, 114 p.