Alain Bagnoud. La Proie du lynx. L'Aire, 216 p.

Ah! l'utopie de jeunesse! L'auteur valaisan rappelle ici qu'elle peut conduire à la fréquentation d'êtres dangereux, et assombrir toute une vie. Maxime, le personnage central, l'a vécue, il a même participé à un hold-up sous l'influence de Rolf, le chef de bande. Mais après cet acte, Maxime et sa compagne se sont enfuis pour briser le terrible engrenage. Depuis vingt ans, ils vivent avec leur fils dans un hameau de montagne, quand soudain Rolf réapparaît et veut obliger Maxime à participer à l'enlèvement d'un riche Arabe établi dans le hameau. Maxime lutte avec sa conscience. Un autre prédateur, un lynx fascinant, joue dans ce suspense un rôle allégorique et révélateur: quand il voit un chevreuil échapper à l'animal, Maxime comprend qu'il doit choisir lui-même sa vie, accepter sa «fragilité intrinsèque». Le lynx, la montagne, les liens mystiques entre l'homme et les bêtes, la verve du braconnier Gachette, l'anecdote du chat tué par un acolyte de Rolf, les utopies nouvelles du fils adolescent constituent les points forts du roman. Le bistrot, les amours adultérines pèsent par trop de réalisme, un peu comme des images qu'on aurait déjà vues… mais c'est aussi cela, l'univers de Maxime.