Jusqu’au 25 mai, le hashtag #Cannes2019 sera l’un des plus utilisés sur Twitter. Chaque jour, parmi les milliers de gazouillis générés par le festival, «Le Temps» en retient un, prétexte à parler de Cannes, de sa Croisette, du cinéma, mais pas seulement.

#Un jour, un tweet

Le Festival de Cannes, parce qu’il aime défendre des propositions de cinéma autres que le tout-venant de la production commerciale, a toujours su programmer des œuvres à même de choquer. On se souvient de La Grande Bouffe, de Marco Ferreri, qui en 1973 avait électrifié la Croisette. Film répugnant, dégradant, pornographique, blasphématoire: la presse s’était déchaînée.

Les temps changent. Si certains réalisateurs tentent encore de repousser les limites de ce qui est montrable, plus personne ne hurle. La preuve avec Liberté, d’Albert Serra, projeté dans la section Un Certain Regard. Le seul acte de rébellion d’une partie des spectateurs aura été de quitter la salle en silence. Récipiendaire en 2013 du Léopard d’or du Locarno Festival, avec Histoire de la mort, grand film philosophique où il réunissait Dracula et Casanova, le Catalan a réalisé il y a trois ans, avec La Mort de Louis XIV, un grand «film de chambre» se déroulant entièrement autour du monarque agonisant.

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Avec Liberté, il signe un nouveau film en costumes. Et qui respecte les trois unités du théâtre classique: temps (une nuit de 1774), lieu (une forêt) et action (des joutes érotiques). Le film est magnifiquement photographié, mais ce qu’il montre force à s’en détourner régulièrement. A défaut de sublimer l’érotisme, il fait du libertinage un catalogue des horreurs: scatologie, sadomasochisme, zoophilie, tout y passe, et explicitement. Jadis, tout cela aurait fait scandale. Aujourd’hui, le film se voit et s’oublie. C’est dans le fond plus cruel encore, car Serra se rêve probablement en héritier de Pasolini. Mais là où le sulfureux Salò dénonçait le fascisme mussolinien, Liberté ne fait que se regarder le nombril.