Albert Uderzo est né avec six doigts à chaque main. Un peu de chirurgie a rapidement rectifié cette polydactylie, sans affecter une virtuosité affolante. Ils se comptent sur les doigts de la main les dessinateurs qui ont changé le monde: les albums d’Astérix se sont vendus à 380 millions d’exemplaires entre 1959 et 2019. Le petit Gaulois a mis des couleurs à la guerre des Gaules et imposé des expressions universelles comme «la potion magique» ou «j’ai un sanglier sur le feu». Il s’est surtout porté garant de la respectabilité de la bande dessinée, cet art alors suspecté de propager l’analphabétisme chez les têtes blondes.

Ce phénomène de société et d’édition est né sous le pinceau d’un fils d’immigré italien. Précocement doué pour le dessin (la première œuvre dont il se souvienne est l’illustration d’une Fable de la Fontaine avec le loup à patte blanche), Albert Uderzo travaille dès l’adolescence au sein de diverses publications. En 1950, il intègre une agence de presse bruxelloise, où il se lie d’amitié avec le scénariste Jean-Michel Charlier et avec René Goscinny, qui vient des Etats-Unis. Entre les deux hommes, l’amitié est fulgurante. Ensemble, ils imaginent Oumpah-Pah le peau-rouge, un personnage qui ne rencontre pas le succès qu’il aurait mérité.