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Si les couleurs choisies par Albertine sont souvent acidulées, sa critique des travers de notre société n’en est pas moins aiguisée. 
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Dessin

Albertine et Germano Zullo, la grande expo

Le Musée Forel rend un hommage foisonnant au couple de créateurs. De multiples univers sous le toit de la bâtisse médiévale

Une femme-valise. Ou peut-être orchestre. Une femme démiurge, posant des fenêtres sur notre monde et créant le sien en parallèle, coloré, drôle, festif, peuplé de petits êtres aux formes étranges et rebondies. Une femme coiffée d’un homme-univers, d’un homme-poésie. Le Musée Alexis Forel, à Morges, rend hommage à Albertine et Germano Zullo, à travers une «grande exposition» foisonnante. «Nous ne l’avons pas appelée rétrospective car il y a un côté point final dans cette terminologie. C’est plutôt l’idée d’un état des lieux. Nous voulions montrer les différentes faces des travaux du couple, ainsi que des œuvres inédites», éclaire Yvan Schwab, directeur de l’institution.

On découvre ainsi la magnifique série des «Jardin de nuit», arbres noirs sur fond bleu, silhouettes de filles et de garçons. Ou ces portraits crayonnés de Germano, corps gris et visages colorés. On savoure jaune l’image d’un type tondant une pelouse déjà rase, tandis que derrière son mur de brique s’épanouit un jardin merveilleux. Sur une table, les Moleskine d’Albertine s’offrent au regard.

Les «dix minutes chrono»

Plus loin s’affichent les dessins originaux des livres jeunesse édités à La Joie de lire, sur des scénarios vifs et intelligents de Germano Zullo. On reconnaît Le Président du Monde, Ligne 135 ou Bimbi. Et puis ce sont des dizaines de petits bonhommes en terre, étranges et attendrissants, les fesses volontiers à/en l’air. Mi-hommes, mi-créatures, ils pointent parfois des seins, une langue ou un bec. Albertine les appelle ses «dix minutes chrono», façonnés à la hâte à la manière d’un exutoire. «C’est Albertine et Jérôme Bosch réunis», sourit Yvan Schwab en passant à côté de l’étalage.

Sous les combles, quelques dessins érotiques, témoins d’une autre vie d’Albertine, et l’immense fresque de plaisirs imaginée pour la dernière Fête du slip, à Lausanne. Sur dix mètres, un entrelacs de corps en noir et blanc, de positions, de femmes-femmes et d’hommes-monstres, de sécrétions en tout genre. Albertine réussit la prouesse de concocter un Inferno aux allures bon enfant.

La projection de Chambre 69, de Claude Barras, rappelle parmi d’autres les multiples collaborations du couple Zullo avec le réalisateur béni de Ma Vie de Courgette, outre La Femme canon présenté à Locarno cet été. Une salle montre encore les robes, chaussures et accessoires qui ont défilé ce samedi à Morges, après le succès du Forum Meyrin ce printemps.

Agilité et réinvention

Ce qui frappe, c’est la capacité de l’artiste à se réinventer, l’agilité à passer du dessin au stylisme, de la sculpture à la peinture, du noir et blanc à la couleur, de l’enfance au libertinage. Avec, toujours, un trait Albertine immédiatement identifiable. «Un dessin ne doit jamais ressembler aux précédents, il s’efforce cependant de tous les contenir», stipule comme un manifeste le site internet de la Genevoise.

Cette multitude, on la retrouve évidemment chez Germano Zullo, auquel un «ecrivarium» a été consacré. Sous verre, les objets de son enfance, terreaux fertiles à l’inspiration – petites voitures, livres volés dans les familles où sa mère faisait le ménage parce qu’il n’en avait pas à la maison –, une prose adolescente, une Hermès Baby ou des extraits de scénarios beaucoup plus récents.

Création à deux regards et quatre mains

Et sur un mur, les brouillons, notes et croquis qui témoignent d’une création à deux regards et quatre mains. «Il y a les productions d’Albertine, celles de Germano et celles qu’ils font ensemble ou avec d’autres. C’est un peu la définition d’un couple moderne, non?» souligne Yvan Schwab. Un couple moderne et terriblement talentueux.


Albertine et Germano Zullo, «La Grande Exposition», jusqu’au 26 novembre au Musée Alexis Forel, à Morges. Dédicace le 21 septembre dès 18h30. Ateliers et lectures les 16, 17 et 18 septembre.


La sérigraphie d’Albertine pour nos lecteurs

En mai dernier, nous avions proposé à Albertine de réaliser une sérigraphie pour la Collection du Temps. C’était à l’occasion d’un cahier Week-end dédié à Eros. Toujours généreuse, la dessinatrice nous a offert deux œuvres coquines. Il reste quelques exemplaires en vente sur le site du Temps.

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