Alberto Magnelli, le peintre futuriste prisant les tons chauds, puis le peintre abstrait qui trie les couleurs pour en garder les plus sévères, a vécu une période – les années 20 – durant laquelle il peignait des êtres dont il soignait les contours, dotant certaines de ses peintures de tendres coloris, des roses, des rouges. Ce peintre-là, ce peintre sage, qu'on a pu dire l'un des acteurs du fameux retour à l'ordre, se révèle néanmoins plus étonnant, plus dérangeant que le fauve autodidacte qu'il avait été et que l'artiste rigoureux qu'il devait continuer d'être.

Lié à Matisse et à Picasso

Né en 1888 à Florence, Alberto Magnelli s'est formé en observant les toiles des maîtres toscans, des peintres primitifs. A partir de 1914, à Paris, il fréquente les avant-gardes, se lie avec Apollinaire, Picasso, Max Jacob et Matisse. Il se tourne vers l'abstraction, avant de revenir, le temps d'une parenthèse, à la figure; d'abord des natures mortes généreuses dont la galerie Sonia Zannettacci présente une ou deux, puis des compositions dont les personnages sont caractérisés par des épaules anguleuses, des hanches asymétriques, une allure androgyne.

L'atmosphère de ces toiles est mélancolique, car la présence récurrente de tons roses, du rose très pâle au rouge foncé, ne fait que signaler la fadeur des bleus ou des beiges évanescents. Et puis, le ou les personnages apparaissent dans un décor dénudé, rectiligne, qui fait penser aux places désertes de Giorgio de Chirico. Les silhouettes, comme arrachées à la chair, se voient parfois redoublées, comme la pensée se détacherait de l'enveloppe corporelle. Les modèles miment des statues, et l'ennui, un désespoir rentré, affleure sur leur visage. On y lit le désespoir de l'homme du XXe siècle, ses dépressions, sa façon décalée d'être au monde, de même que son attente sans fin, absurde, de quelque chose mais de quoi?

Décédé en 1971 à Meudon, Alberto Magnelli n'a plus guère été exposé depuis, il est donc à redécouvrir, dans la succession de ses styles, dont aucun, et certainement pas sa manière de peindre dans les années 20, n'est à minimiser.

Magnelli. Les années 1920. Galerie Sonia Zannettacci (rue des Granges 16/ rue Henri-Fazy 4, Genève, tél. 022/ 311 99 75). Lu-ve 10-12 h et 14-19 h, sa 14-17 h. Jusqu'au 20 novembre.