Le 27 mars 1984 est une date clé dans l’histoire du mouvement hip-hop. Ce jour, c’était un mardi, Joseph Simmons, Darryl McDaniels et Jason Mizell publient leur premier album. Mizell est DJ sous le nom de Jam Master Jay, ses deux potes – ils ont tous grandi dans le Queens – sont des MC, des maîtres de cérémonie, des rappeurs au flow affûté. Le premier se fait appeler Run, le second est DMC. Ils revendiquent alors une musique très éloignée de ce que fait Michael Jackson, la star du moment. Pour eux, le rap est plus inspiré, plus controversé, plus comique, plus politisé. En un mot: plus fun.

Sobrement intitulé Run-D.M.C., le premier effort du trio new-yorkais sera aussi le premier enregistrement rap à obtenir un disque d’or. Son succès fera beaucoup pour décloisonner le genre et le sortir des ghettos pour l’emmener à la conquête du monde. Alors que la musique d’un pionnier comme Grandmaster Flash puisait abondamment dans le funk ou même le disco, celle de Run-DMC impose un son plus sec, des beats plus puissants, des mélodies plus synthétiques. Né cinq ans plus tôt, le rap connaît là sa première grande révolution.

Dominé par le single It’s Like That, sorti l’année précédente, Run-D.M.C. aura une influence déterminante sur la plupart des groupes qui se formeront dans la foulée. Simmons, Darryl et Mizell deviennent alors les hérauts d’une nouvelle vague qui déferlera comme un tsunami sur les années 1980. Avec le titre Rock Box, transcendé par une guitare heavy, les New-Yorkais parviendront en outre à attirer l’attention des milieux rock, ce qui les poussera à enregistrer en 1986 une reprise de Walk This Way aux côtés d’Aerosmith. Après huit ans d’absence, le trio sortira en 2001 son septième album. L’année suivante, Mizell sera abattu dans son studio, rejoignant ainsi la tragique liste des rappeurs assassinés.


Run-DMC, «Run-D.M.C.» (Profile Records, 1984).


Les albums qui ont façonné le rap américain: