Lance Taylor est à l’instar de Joseph Saddler, alias Grandmaster Flash, un pionnier doublé d’un virtuose des platines. Né en 1957 dans le Bronx, conscient très jeune de la nécessité de défendre la cause afro-américaine et de porter la voix des minorités, il se fera appeler Afrika Bambaataa au moment de créer la Zulu Nation, un collectif qui, en marge de son activisme, fera beaucoup pour la diffusion de la culture hip-hop.

En 1982, tandis qu’avec son tube The Message Grandmaster Flash faisait entrer le rap dans l’âge adulte, Afrika Bambaataa signait, en compagnie de sa Soulsonic Force, Planet Rock. Le titre fera lui aussi sensation, pour devenir une des pierres angulaires du développement des musiques urbaines. Dans son petit ouvrage L’Offensive rap (Découvertes Gallimard, 1996), le journaliste Olivier Cachin résume parfaitement son importance: «Réalisé par Arthur Baker, spécialiste des remix et de l’électronique, ce morceau épique reprend à son compte l’esthétique froide et technologique du groupe allemand Kraftwerk et renonce délibérément au funk des débuts du rap, marquant une cassure entre l’ancien monde et le nouveau.»

Planet Rock aura une influence déterminante sur le son du milieu des années 1980, inspirant autant Run-DMC que Jonzun Crew et son Lost in Space rappé au vocodeur. Publié en 1986, Planet Rock: The Album synthétisera magnifiquement les premières années d’explorations musicales d’Afrika Bambaataa & Soulsonic Force. Tout en poursuivant sa carrière de DJ, Lance Taylor retournera dans l’ombre au moment où le rap deviendra un phénomène mondial, avant de refaire parler de lui en 2016, à la suite d’accusations d’agression sexuelle sur mineurs qui le pousseront à quitter la tête de la Zulu Nation. Aucune charge n’a pour l’heure été retenue contre lui.


Afrika Bambaataa & Soulsonic Force, «Planet Rock: The Album» (Tommy Boy, 1986).


Les albums qui ont façonné le rap américain: