Qui a eu la chance de découvrir Licensed to Ill lors de sa sortie en novembre 1986 aura été littéralement soufflé par la puissance d’un son jusque-là jamais entendu. Premier album enregistré par trois blancs-becs d’à peine plus de 20 ans pour le label Def Jam fraîchement créé par Rick Rubin et Russell Simmons, ce disque est aujourd’hui encore de ceux qui vous sidèrent à chaque écoute. A l’époque, il véhiculait aussi ce message: le rap n’est pas réservé aux banlieues noires. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de constater que les pionniers romands de Sens Unik se sont formés l’année suivante.

Les trois Beastie Boys n’ont pas grandi avec le rap. Leurs racines, c’est le punk et le rock lourd. Cela s’entend dans Licensed to Ill qui, au-delà des samples et des beats synthétiques, possède l’urgence du punk, son côté parfois foutraque aussi. Sur les deux premiers titres de l’album, Rhymin & Stealin et The New Style, les New-Yorkais regardent d’ailleurs vers l’Angleterre avec un astucieux clin d’œil à The Clash et une référence à Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin. Tandis que le solo de guitare de No Sleep Till Brooklyn est assuré par Kerry King (Slayer).

Michael Diamond, Adam Yauch (décédé en 2012, marquant ainsi la fin du groupe) et Adam Horovitz se font alors appeler Mike D, MCA et Ad-Rock. Enfants de bonne famille – le troisième est le fils du dramaturge Israel Horovitz –, ils se feront ensuite un honneur de montrer qu’ils sont de bons musiciens à travers des concerts convoquant, au côté du DJ Mix Master Mike, de vrais instruments. Ils signeront par la suite deux chefs-d’œuvre, Paul’s Boutique (1989) et Hello Nasty (1998), tout en continuant néanmoins à ne pas se prendre au sérieux, à l’image d’une conférence de presse mémorable donnée au Montreux Jazz en 2007.


Beastie Boys, «Licensed to Ill» (Def Jam, 1986). Apple TV vient de mettre en ligne le documentaire «Beastie Boys Story».


Les albums qui ont façonné le rap américain: