A l’instar du blues, né dans les plantations de coton, voix des esclaves, le rap a dès ses débuts été utilisé comme une plateforme politique. Mais c’est véritablement Public Enemy, se revendiquant du Black Power, qui poussera à l’extrême l’idée d’une musique communautaire. Ce n’est pas pour rien que Spike Lee, au moment de tourner l’emblématique Do the Right Thing (1989), fera appel au groupe fondé par Carlton Ridenhour et William Drayton, alias Chuck D et Flavor Flav, pour en signer le titre phare, ce légendaire Fight the Power dans lequel sont mises à mal les icônes blanches que sont le King Elvis et John Wayne le cow-boy.

Lorsque Public Enemy publie en 1987 son premier album, Yo! Bum Rush the Show, le succès est immédiat, alors même que les médias et radios sont empruntés face à l’agressivité de certains textes. Le son, lui, est une d’une stupéfiante efficacité, sec, rugueux, clinique. On le doit au collectif de producteurs The Bomb Squad, dont fait partie Chuck D et qui travaillera notamment aux côtés de LL Cool J ou Salt-N-Pepa, duo fondateur du rap au féminin.

Public Enemy incarne alors la suprématie de la scène hip-hop new-yorkaise. On est une année avant la sortie de Straight Outta Compton, premier effort de N.W.A, le collectif californien qui révélera Dr. Dre et Ice Cube et posera les bases du gangsta rap de la côte Ouest… et assurera la première partie de Public Enemy lors d’une tournée qui, elle, symbolisera la mainmise des musiques urbaines sur la culture populaire, moins de dix ans après leur apparition.


Public Enemy, «Yo! Bum Rush the Show» (Def Jam, 1987).


Les albums qui ont façonné le rap américain: