Sans alcool, la nuit suédoise reste chaude et pétillante

Tendance A Stockholm, des soirées estampillées «sobres» attirent les foules. Une révolution s’amorce

Cela pouvait ressembler à un concept suicidaire. Le Suédois Marten Andersson vient d’inaugurer à Stockholm les soirées en boîte de nuit sans alcool. Baptisées sober, elles sont strictement réglementées. Avant d’entrer dans le club, les clients doivent souffler dans un éthylotest, avec une tolérance zéro. A l’intérieur ne sont servies que des boissons inoffensives – faux champagne ou cocktails de fruits.

«Binge drinking»,une vieille tradition

Lancée timidement en août, la formule est devenue, à la surprise générale, un grand succès. Certaines soirées réunissent jusqu’à 900 personnes, selon le journal The Local . Les tickets d’entrée s’écoulent plusieurs jours à l’avance. La Suède a une solide réputation d’alcoolisme festif, filles et garçons s’y adonnant à parts égales le week-end. Les vendredis et samedis sont des nuits d’ivresse où des foules titubantes se déversent dans les rues dès 18 heures.

Le binge drinking , cette biture express à la maison avant même de partir en virée, est une vieille tradition, d’ailleurs répandue dans tous les pays nordiques. En Finlande, selon une étude européenne, 27% des habitants se disent adeptes de cette pratique, et un jeune sur dix, âgé de 15 ou 16 ans, avoue se saouler chaque week-end. En Islande, comme l’explique le correspondant du Monde à Reykjavik, Gérard Lemarquis, les boîtes de nuit ont des dark rooms (chambres noires) où sont conduits les jeunes qui arrivent trop éméchés dans le club. Ils cuvent là, allongés sur des matelas, au milieu des vomissures, avant de pouvoir aller danser. En Norvège, la moitié des arrêts de travail d’une journée sont dus à des gueules de bois.

Des orgies à la prisede conscience

Harcèlement, braillements intempestifs, bagarres, danseurs s’écroulant sur la piste sont le cocktail habituel de ces soirées trop arrosées. Dès 22 heures, la fête est consommée, dans une ambiance de fin d’orgie romaine. La viande saoule se retrouve le lendemain matin sans se souvenir de ce qui s’est passé la veille. Une nouvelle adepte des soirées sober a ainsi expliqué à Slate qu’elle s’était réveillée au petit jour dans un lit étranger, avec un compagnon, sans savoir comment diable elle avait atterri là. De quoi avoir des envies d’abstinence, forcément. Mais des jeunes gens ont également expliqué à The Local qu’il est difficile de se lâcher sans s’être désinhibé par quelques verres.

Marten Andersson, qui a avoué à la presse suédoise avoir été lui-même un buveur invétéré, espère changer les habitudes de ses compatriotes sans la lourdeur moraliste des ligues de tempérance et des campagnes contre l’alcoolisme. D’ailleurs, en Scandinavie, une prise de conscience s’amorce. Selon de récents travaux, l’ivresse collective serait plutôt en recul. Il n’en est pas de même dans le sud de l’Europe. En France, où l’alcoolisme et le binge drinking chez les jeunes deviennent un sujet d’alarme, des soirées sans alcool, baptisées clean parties, ont bien été tentées. Elles ont rencontré un succès mitigé, qu’on ne saurait qualifier de verre à moitié vide ou à moitié plein.