Certains faits ont un impact si fort qu’on ne cesse d’y revenir, comme par nécessité, en les interrogeant encore à des décennies ou des siècles de distance. Qu’est-ce qui y pousse? Un traumatisme, indubitablement, mais les notions psychologiques ne collent qu’imparfaitement aux phénomènes collectifs. On devrait parler plutôt d’un persistant manque de sens, qui donne le sentiment que la plaie ne s’est jamais refermée, et donc que l’événement n’est pas tout à fait clos. Il ne sera jamais vraiment passé tant qu’il n’aura pas livré la clé de ses mystères, qu’elle prenne la forme d’une impossible rationalité ou d’une part de secrets inavouables.