Plonger dans Guerre et Paix de Prokofiev, c’est comme traverser un océan sans instrument de navigation. Les points de repère sont si abondants, ténus et dispersés qu’il faut une confiance sans faille pour aborder le gigantesque plan de route proposé. Des plus de 2000 pages du roman de Tolstoï, Prokofiev et Mira Mendelson ont tiré un livret dont la musique se déploie en 13 scènes sur plus de quatre heures. Avec une cinquantaine de personnages nommés et une pléthore d’anonymes, un orchestre en formation maximale, un chœur d’une soixantaine de choristes et deux parties thématiques très différentes qu’il a fallu concilier en fonction des volontés du comité musical soviétique, le navire tient du monstre des mers.