L'Orchestre de chambre de Genève ne cesse de nous surprendre. Mardi soir, les musiciens jouent debout (excepté les violoncellistes et contrebassistes) et forment une armada en tenues impeccables sur la scène du Bâtiment des Forces Motrices. Le chef italien Alessandro de Marchi, au tempérament solaire et extraverti, a voulu mettre pleinement en valeur les membres de l'orchestre.

On avait déjà vu Il Giardino Armonico interpréter pareillement Les Quatre Saisons de Vivaldi. Le fait de jouer debout a une incidence directe sur le son: plus aiguisé, plus tonique, et en même temps plus épanoui. Les musiciens se sentent davantage concernés. Impossible de se terrer dans sa chaise. Et comme le programme est centré sur les symphonistes italiens du XVIIIe siècle, la manière compte autant que le contenu.

Le style galant du Turinois Gaetano Pugnani – lequel a fréquenté Jean-Chrétien Bach à Londres – se veut aimable, courtois. Peu de bizarreries dans sa Symphonie-Ouverture N°4 en si bémol majeur. Alessandro de Marchi en cisèle les phrasés, éclaire les contrastes. Plus substantielle, la Symphonie en ré mineur opus 37 N°3 de Boccherini frappe par sa concision et ses ruptures permanentes entre les modes mineur et majeur dans le premier mouvement. Sans atteindre le souffle d'un Haydn, ces œuvres magnifiquement ouvragées s'écoutent avec plaisir et curiosité.

«Agréable, mais ça ne va pas laisser un souvenir impérissable», commente cette femme à l'entracte… Entre-temps, l'orchestre a étoffé ses effectifs. Luigi Cherubini, pour lequel Beethoven avait une admiration sans bornes, a concentré toute sa science dans la Symphonie en ré majeur écrite en 1815. Alessandro de Marchi en restitue les trouvailles ingénieuses, le caractère roboratif et préromantique. L'orchestre joue avec panache et en parfaite synchronicité: ce n'est pas par hasard si les musiciens eux-mêmes ont applaudi ce styliste accompli à la fin du concert.