A l’heure où Burki vient de quitter la scène active des dessinateurs de presse en Suisse romande, la relève est là, et bien là. Dans un style assez proche quoique un peu plus potache, le Broyard Alex, Alex Ballaman à la ville, avec un sixième opus intitulé Feu à volonté, signe un recueil d’une centaine de dessins parus au cours des derniers mois dans La Liberté fribourgeoise (prix: 25 francs).

Un «bûcheron»

Lui qui partage avec le caricaturiste de 42 ans une «amitié légère, souple, survitaminée et bienfaisante», le journaliste et expert autoproclamé «en alexologie» Pascal Bertschy signe la préface de cet ouvrage dont il dit qu’il a été façonné par «un bûcheron». Car «pour nous scier avec tant de régularité, pour mettre son empreinte sur une chose aussi grise que l’actualité, pour frapper les esprits et dégager la vue, vous croyez peut-être qu’il suffirait de deux ou trois délicats coups de crayon? Allons! pour réussir tout ça, il faut y aller à la hache.»

Alors bien sûr, le terroir fribourgeois tient évidemment une bonne place dans ce recueil aux dents longues, disponible sur www.laliberte.ch/boutique. Et il faut les connaître, ces particularités vernaculaires, pour comprendre quelquefois cette forme d’humour qui s’exerce dans depuis 2000 dans La Lib’. Mais tout de même, on appréciera particulièrement, à sa juste valeur, cette jolie pique contre l’Etat américain fouineur, au moment où l’appellation «Gruyère» a été protégée aux Etats-Unis:

Heureusement, l’horizon d’Alex – né un 1er avril, ça ne s’invente pas – ne s’arrête pas à «Fribourg, mon amour» ni à la patinoire de Saint-Léonard, titres des premier et dernier chapitres. Non, le trait jamais racoleur ni vengeur du dessinateur se pose aussi sur ce qui fait les belles et moins belles heures d’Helvétie et du reste du monde. Jusqu’aux sujets les plus casse-gueule, comme la papauté, le meurtre d’Adeline ou le virus Ebola. Ce qui n’exclut pas la poésie, comme avec un très beau dessin représentant Nelson Mandela emmené au ciel par deux anges, un Blanc et un Noir.

Un «fou»

Graphiste de formation et journaliste RP, Alex est un adepte de la ligne claire: son style est limpide, proche d’un Franquin, avec la force du fameux bûcheron, «mais aussi son souffle, son habileté sa vista»: «Savoir faire tomber l’arbre du bon côté, quoi, plutôt que sur le toit de votre baraque», poursuit Bertschy. Ce dont on se rendra parfaitement compte en allant voir également l’exposition Alex; 15 ans de Liberté, présentée du 10 novembre 2014 au 30 janvier 2015 à l’Espace lecteurs de La Liberté, 42 bd de Pérolles, à Fribourg, ça va de soi. Alex, qui est dit «fou». «En particulier de sa famille, de son village, de théâtre, de hockey sur glace et de Carambar.»