Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La planche à billets ou l'enrichissement sans inflation, dans «La Casa de Papel».
© Netflix

Fiction TV

Alex Pina: «Ecrire la troisième partie de La Casa de Papel est très compliqué»

Le scénariste espagnol a créé la série la plus populaire du moment. Pour «Le Temps», il évoque son braquage de l’imaginaire mondial

On rigole pendant que l’on discute, même brièvement, avec Alex Pina. Depuis que sa série La Casa de Papel, sur un braquage massif et bien préparé de la Banque nationale espagnole, a été achetée par Netflix après sa diffusion sur Antena 3 en Espagne, le scénariste est devenu la vedette globale du monde de la fiction TV. Il enchaîne pourtant les interviews avec calme et une touche d’ironie.

Le site ne donne pas de chiffres, mais tout indique que La Casa de Papel est le feuilleton le plus populaire du moment, loin au-delà de l’Europe. L’auteur, qui avait déjà conçu, entre autres, de El Barco et Vis a vis était invité par le festival Séries Mania, à Lille. On l’a rencontré avec Frédéric Sergeur, du site belge Newsmonkey.

Lire aussi:«La Casa de Papel» ou le pouvoir des moustaches de Dalí

Et on commence par faire la fine bouche. Dévoilée il y a peu, la deuxième partie de La Casa de Papel a pu décevoir. Le talent des scénaristes à aménager le temps, à en gagner, a soudain évolué en une lenteur, voire une lourdeur. Tout ce qui avait fait le génie de la première partie n’est-il pas devenu défaut dans la deuxième?

Alex Pina: Cela s’explique peut-être par la répartition des deux saisons. Pour la deuxième partie, nous avions créé six chapitres, qui ont dû être transformés en neuf épisodes pour Netflix. J’aime bien cette deuxième partie, il me semble qu’elle reste frénétique. Les tensions demeurent très fortes, il y a des conflits explosifs alors même, ou parce que, les personnages sont plus désespérés. Qu’est-ce qui a fait que cela peut donner l’impression d’avoir perdu l’élan? C’est peut-être dû au fait que sur l’ensemble de la série, nous avons dû transformer deux actes en trois. Le passage de 70 à 45 minutes peut expliquer cette expérience du spectateur.

Vous aviez conçu une dizaine de séries auparavant, que nous n’avons pas pu découvrir. Comment expliquer le raz-de-marée actuel? Est-ce seulement l’effet Netflix?

A la base, nous avons repris un genre américain, l’attaque de banque parfaite, et nous avons voulu lui donner un sens plus féminin, plus émotionnel. Aussi, créer des personnages puissants, plus originaux que l’ordinaire de ce que l’on voit à la TV. Si la série connaît un tel succès, elle le doit pour une immense partie à Netflix, qui la montre dans les foyers du monde entier. On a vu des bannières publicitaires en Arabie saoudite pendant des événements sportifs. Au Brésil, le masque de Dalí était le principal déguisement du carnaval. En deux semaines seulement, on a observé la montée de cette popularité, avec un fort bouche-à-oreille. Pour nous, c’est un moment de folie. Nous essayons ne pas trop nous prendre au sérieux, et surtout d’écrire comme nous l’avons toujours fait.

Vous vous embarquez dans une troisième saison (ou partie): comment allez-vous vous en sortir (attention: la réponse contient des informations sur la fin de la partie 2)?

C’est très compliqué. Quand Netflix nous a demandé de créer une troisième saison, nous avons demandé à réfléchir. Tout devient complexe, car désormais, nos personnages ont énormément d’argent, ils vivent dans des lieux parfaits. Il nous fallait un moteur émotionnel fort pour rebondir et relancer cette histoire, quelque chose de plus grand que la fabrication de monnaie par la planche à billets. Il y aura un nouveau braquage, mais c’est une question symbolique. Netflix a apprécié ce que nous avons proposé, et nous pensons que ça se révèle parfaitement cohérent avec le monde créé dans les deux premières parties.

Et vous n’allez pas expliquer cette idée?

Non! Disons que nous sommes en train d’écrire la troisième partie, le tournage commencera à l’automne, pour une sortie l’année prochaine.

Certains expriment le souhait d’une série dérivée autour du personnage de Berlin…

Berlin est un cas étrange. En écrivant nous avons beaucoup discuté du bien et du mal, de l’ambiguïté des pôles dans la série. Elle repose sur l’attachement du public aux méchants, c’est-à-dire aux voleurs: mais parmi eux, nous avons voulu créer un antagonisme moral. Berlin est cruel, froid, misogyne. C’est un vilain qui a du pouvoir, et il tient un discours extravagant. Il a tout pour qu’on le haïsse. Pourtant, les spectateurs sont fans de lui. Nous constatons dans les festivals à quel point il fascine le public. On n’a pas fini d’en parler.

On se demande si Casa de Papel n’est pas une série sur les séries. Vos personnages sont scénaristes, ils doivent gagner du temps et rythmer l’action: le professeur est comme un showrunner…

Je n’y avais jamais réfléchi ainsi, mais en y pensant bien, ça paraît logique (rires)! Je note qu’il existe de nombreuses interprétations de la série, dans les divers pays où elle a été vue. Selon les pays, on lui attribue des dimensions sociales et politiques différentes. Je suis très sensible à cette diversité des lectures de notre série, elle génère un débat que je trouve émouvant.

Pourquoi accorder une telle importance à la chanson «Bella Ciao»?

Songez à la manière de réfléchir du professeur. Sa philosophie est basée sur l’idée de la résistance. Cette pensée a un aspect symbolique, et dans le même temps, il entame un bras de fer avec l’Etat, qui le dépasse. Il nous fallait une bande originale qui exprime cette dimension-là, ce sens, et cette chanson rappelle en plus des luttes en Amérique du Sud. Le chant des partisans incarne cette symbolique, de la même façon que le côté pop du masque de Dalí ou le rouge vif des uniformes.


Retrouvez notre classement des meilleures séries selon les critiques francophones.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a