«Aux Grands Hommes. La Patrie Reconnaissante.» Cette phrase gravée au fronton du Panthéon, à Paris, consacrera bientôt l'écrivain français le plus populaire, dont son ami Victor Hugo disait: «Il crée la soif de lire.» Samedi, Alexandre Dumas entrera dans le temple édifié par la République aux «Grands Hommes capables, par leur vertu réelle ou supposée, d'édifier le peuple et ses nouveaux maîtres».

En 1791, la Constituante chargeait Antoine Quatremère de Quincy d'effacer tous les attributs religieux d'une église qui avait été achevée à la veille de la Révolution, et de murer trente-huit des quarante-sept fenêtres pour produire un «effet sépulcral». Depuis, le bâtiment qui couronne la montagne Sainte-Geneviève a vu se dérouler à ses pieds quelques grands cultes républicains, de l'enterrement de Victor Hugo à la visite solitaire de François Mitterrand, trois roses à la main (qu'il déposera sur les tombes de Jean Jaurès, de Jean Moulin et de Victor Schœlcher) le 21 mai 1981 peu après son élection.

Samedi vers 18 h 15, à quelques jours du 200e anniversaire de sa naissance, le 5 décembre 1802, la dépouille d'Alexandre Dumas quittera le Sénat et remontera la rue Soufflot escortée par quatre mousquetaires en grande tenue, par une centaine de comédiens qui déclameront des textes, et par un ensemble de percussions, jusqu'à la porte du Panthéon.

Le 20 mars 2001, Didier Decoin, président de l'Association des amis d'Alexandre Dumas, écrit à Jacques Chirac: «Certes, l'enthousiasme populaire a très largement reconnu le génie de Dumas. Le succès de son œuvre, aujourd'hui «relue» par le cinéma et la télévision qui lui valent des millions et des millions d'admirateurs dans le monde entier, ne s'est jamais démenti. Pourtant, des zones d'injustice demeurent: c'est ainsi que, présent dans tous les cœurs, Dumas est absent des manuels scolaires… Notre conviction, Monsieur le Président, est que l'entrée d'Alexandre Dumas au Panthéon réjouirait non seulement le peuple de France […] mais qu'elle aurait valeur de symbole dans le monde entier.» Le 26 mars 2002, Jacques Chirac signe le décret de transfert des cendres d'Alexandre Dumas.

Les cérémonies ont débuté hier à Villers-Cotterêts, sa ville natale, avec l'exhumation du corps. Le vendredi 29, le cercueil sera conduit jusqu'à Port-Marly, dans la banlieue ouest de Paris, au Château de Monte-Cristo construit pour Alexandre Dumas. Samedi, la dépouille quittera le château escorté par la garde républicaine et arrivera au Palais du Luxembourg où un hommage lui sera rendu par le Sénat. Pour la cérémonie proprement dite, qui débutera à 18 h 15, la population est invitée à venir avec un livre de Dumas à la main. Alexandre Dumas entrera au Panthéon à 19 h 30.