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Alexandre de Senarclens: «Je voudrais que les touristes allemands, danois ou britanniques aient envie de passer un week-end à Genève pour découvrir une grande exposition, un musée d’exception, comme à Bâle.»
© Nicolas Righetti/Lundi13

Élections cantonales

Alexandre de Senarclens: «Genève est dans le flou en matière de culture»

A l’heure du sprint, Alexandre de Senarclens décline ses convictions. Pour le candidat PLR au Conseil d’Etat, il faut cantonaliser à moyen terme les grandes institutions tels le Grand Théâtre et l’OSR, mais pas la Nouvelle Comédie. Il réclame surtout des choix clairs

Les duellistes le savent. Quand vient le temps du dernier assaut, il faut allonger le bras et viser le cœur. Candidat PLR au Conseil d’Etat, Alexandre de Senarclens l’a bien compris. La droite manque souvent de répondant en matière de culture. Lui veut piquer sur le sujet, histoire de se distinguer dans une mêlée où les jeux sont tout sauf faits, ni pour lui ni pour sa colistière Nathalie Fontanet.

Par tempérament, l’avocat serait plutôt fleurettiste que sabreur, plutôt Aramis – le plus pudique des mousquetaires, le plus rusé aussi – que Porthos. Dans son bureau, il allonge donc le bras et manœuvre ainsi: «Des économies sur la culture? Non, je n’y suis pas favorable, même si Genève ne pourra pas dépenser plus. Mais des choix tranchés, oui.»

Le Temps: On entend peu la droite libérale sur la culture depuis l’époque où Martine Brunschwig Graf tenait les rênes du DIP. Et la dernière conseillère administrative libérale chargée de la Culture en Ville de Genève est Lise Girardin, entre 1967 et 1979. Pourquoi cette aphonie?

Alexandre de Senarclens: Il faut dire que, traditionnellement, la culture n’est pas une attribution du canton. Or la loi sur la culture de 2013 change la donne: elle prévoit que le canton fixe, en concertation avec la Ville et les communes, les grandes orientations et priorités dans le domaine. J’ai à cœur que le canton assume ce rôle, or il ne le fait pas.

Comment expliquez-vous cette carence?

La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta n’a pas dessiné une ligne, affirmé une vision, ce qu’on attendait d’elle pourtant.

Elle a pourtant créé un Office de la culture et du sport?

Peut-être. Mais on attend le livre blanc que cet organe aurait dû rendre sur les rôles respectifs de la Ville, des communes et du canton. C’est cette absence de vista et de gouvernance qui a déstabilisé les milieux culturels. Ils ont d’ailleurs réagi en lançant l'initiative «Pour une politique culturelle cohérente à Genève» [initiative qui a recueilli 14 000 signatures et a été déposée début janvier, ndlr].

Justement, les acteurs culturels demandent que le cofinancement Etat-commune de certaines institutions et activités soit rétabli, ce qui est contraire à la loi-cadre de septembre 2015 sur la répartition des tâches. Etes-vous favorable à ce qu’on revienne sur ce dispositif?

Non. Cette loi a été votée à l’unanimité par le Grand Conseil. Le principe d’une double tutelle est dépassé, parce que peu rationnel. Maintenant, si on constate dans certains cas que cette mesure est contre-productive, on peut l’adapter. Il ne faut pas être dogmatique. On peut aussi imaginer, de façon temporaire, un double subventionnement, dans une phase de transition par exemple.

Au cœur de cette législature, le Grand Théâtre, institution historiquement municipale, a polarisé les débats. François Longchamp, le président du Conseil d’Etat, estime qu’il faut le cantonaliser. Etes-vous d’accord?

Oui. Si on considère, comme la loi sur la culture le prévoit, que le canton a un rôle à jouer, il faut donner de la substance à ce principe. J’estime que les grandes institutions stratégiques, celles qui contribuent fortement au rayonnement de Genève, doivent remonter au canton. Ça concerne le Grand Théâtre, la future Cité de la musique, le Musée d’art et d’histoire, l’OSR.

Mais c’est une révolution que vous dessinez là…

Cela ne se fera pas en un tournemain, il faudra du temps et du doigté, mais ce dispositif a sa cohérence.

Et la Nouvelle Comédie, qui doit voir le jour en 2020 dans le quartier de la gare des Eaux-Vives? Il est prévu dans son cahier des charges qu’elle soit dotée d’une subvention de 12,5 millions. Il paraît peu probable que la Ville trouve les 6 millions qui font actuellement défaut. Est-ce que le canton ne devra pas prendre ses responsabilités?

Nous les avons prises en votant le crédit de construction. Mais la Nouvelle Comédie, comme le Théâtre de Carouge, doit rester municipale. La Ville avait l’ambition de s’offrir une scène adaptée aux nouvelles demandes du public et des artistes. Elle doit à présent assumer, d’autant qu’elle est loin d’être pauvre. Le ministre municipal de la Culture, Sami Kanaan, prétend que la Ville ne peut pas assumer seule cette charge. Ce n’est pas la réalité.

Le PLR s’est opposé lors de la législature précédente à un certain nombre de projets, par exemple l’augmentation de la subvention à la Maison de Rousseau et de la littérature (MRL). Or vous vous réclamez d’une vision humaniste. Un tel refus n’est-il pas surprenant?

Cette position n’était pas dirigée contre les responsables de la MRL. Mais on doit faire des choix. On ne peut pas financer tous les projets qui semblent intéressants. La MRL veut organiser des rencontres avec des écrivains, monter des ateliers de lecture et d’écriture. Or cette mission est déjà assumée par la Société de lecture, à 300 mètres de son emplacement. Il nous a paru absurde de doubler cette offre.

Etes-vous pour un Ministère de la culture cantonal, qui pourrait être rattaché à la présidence? Nous avons de facto déjà un ministre de la Culture, c’est la conseillère d’Etat responsable du DIP. Mais il faut incarner le rôle, et ce n’est pas le cas.

Imaginons que vous repreniez le DIP. Quel serait votre premier acte en tant que responsable cantonal de la Culture?

Je ferais en sorte de clarifier rapidement les rôles respectifs du canton, de la Ville et des communes. Cette clarification ferait l’objet d’un livre blanc. Avec une ambition: faire en sorte que notre offre très riche rejaillisse sur l’image de Genève, en Suisse et en Europe. Je voudrais que les touristes allemands, danois ou britanniques aient envie de passer un week-end ici pour découvrir une grande exposition, un spectacle sidérant, un musée d’exception, comme à Bâle. Il est déplorable que ce ne soit pas le cas aujourd’hui.

Genève dépense-t-elle trop pour la culture?

Non. La question n’est pas là. Mais au vu des efforts consentis, on peut faire beaucoup mieux. Allez au Musée d’art et d’histoire: il tombe en ruine, c’en est déprimant.

Quel est le livre que vous offrez aux êtres que vous aimez?

Je vous en citerai deux. Les Misérables de Victor Hugo, pour la beauté de la langue, la foi dans la perfectibilité de l’homme, le sens de l’histoire. Et Dans la nuit et le vent, à pied de Londres à Constantinople (1933-1935), de Patrick Leigh Fermor, écrivain baroudeur, témoin toujours engagé qui raconte dans ce livre l’Europe en ébullition.

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