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Alexandre Voisard, l'enfance retrouvée

Le poète et écrivain jurassien publie «Des Enfants dans les arbres», un récit sur son enfance au bord de l’Allaine. Rencontre à Porrentruy avec un maître humble qui sait raconter la vie, la mort, les rivières et les forêts

Voisard sourit, son œil curieux voit tout. Sa phrase est mélodieuse, donne l’impression d’être déjà écrite lorsque vous l’entendez. Chaque mot sonne juste alors qu’il éclot devant vous, pour vous. Son dernier récit, Des Enfants dans les arbres, allie la profondeur de la mémoire à la beauté simple du bourgeon et de l’aube. C’est cela, le luxe des années: atteindre à la vraie jeunesse. A la fois se souvenir des choses et les voir dans leur nouveauté, leur surgissement. Voisard est un arbre toujours vert et des plus hauts de la forêt, ses feuilles bruissent de mille histoires, poèmes et récits, aphorismes et novelettes, tantôt politiques, érotiques, fantasques, autobiographiques ou lyriques.

Rendez-vous à la gare de Porrentruy, direction l’allée des Soupirs. «J’ai écrit ces dernières années des séries de dialogues sans queue ni tête, où les gens se disent des choses. J’ai appelé cela: Conversation à l’allée des Soupirs. J’ai au moins le titre!» explique-t-il, amusé, en parlant de ce livre inédit. Le poète a certes fait paraître ses œuvres complètes en neuf volumes aux Editions Bernard Campiche, entre 2006 et 2011, il n’en continue pas moins depuis d’écrire et de publier. Son enfance a encore beaucoup de choses à lui dire, et à nous dire.

Trou aux sorcières

Nous sommes au pied de la vieille ville. Enfant, Alexandre Voisard empruntait ce chemin pour aller à l’école, et le petit pont sur lequel il nous conduit: deux rivières se rejoignent ici, le Creugenat se jette dans l’Allaine. «Quand c’est en crue, c’est une formidable rencontre d’eau. Le Creugenat, rivière épisodique, sort d’un gouffre que l’on appelle Trou aux sorcières. Elles sont là-dedans et lorsqu’elles se fâchent, les eaux inondent la plaine qui est à l’ouest.» Le décor de Des Enfants dans les arbres est planté. «Il y avait une maisonnette, ici, à la place de cet immeuble. Une bonne dame habitait là, qui se faisait toujours du souci pour nous. La rencontre des eaux est une image forte de mon enfance. Et cette dame, comme un ange désespéré, qui nous disait: «Attention, tu vas tomber!»