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DOcumentaire

Alfonsina, la poétesse qui dort sous la mer

Dans le documentaire Alfonsina, Christoph Kühn s’applique à faire résonner le verbe poétique argentin

Alfonsina, la poétesse qui dort sous la mer

Documentaire Christoph Kühn renfloue un verbe poétique venu d’Argentine

En Argentine, Alfonsina Storni (1892-1938) est une légende. Née au Tessin en 1892, elle rejoint l’Argentine lorsqu’elle a 4 ans. Très jeune, elle monte à Buenos Aires pour vivre de sa plume. Poétesse, auteure dramatique, journaliste, la pionnière du postmodernisme est aussi institutrice pour enfants en difficulté, elle est la seule femme à intégrer les cercles littéraires. Ses prises de position féministes agacent la société argentine, naturellement machiste. Elle fait scandale en devenant mère hors des liens sacrés du mariage. Ses poèmes mêlant les thèmes de la mort et de la mer sont empreints d’une grande noirceur.

Noyade

Atteinte d’un cancer du sein, elle descend dans un hôtel de Mar del Plata et, en octobre 1938, se jette dans l’océan. La chanson «Alfonsina et la mer» perpétue aujourd’hui encore cette noyade en célébrant la poétesse telle une héroïne épousant l’Atlantique avec la bénédiction des dieux: «Bercée, elle s’est réfugiée / Dans le chant des coquillages»…

Faire entendre la voix des disparus, a fortiori celle des poètes, est une des plus nobles assignations du cinéma documentaire. Christoph Kühn, qui a déjà consacré des œuvres à Nicolas Bouvier (22, Hospital Street) ou à Bruno Manser (Laki Penan), s’applique à ressusciter à travers images d’archives, témoignages de rares proches survivants (le petit-fils, une ancienne élève) cette petite femme évoquant la Gelsomina de La Strada et son œuvre. Il n’y parvient pas vraiment. Trop long en dépit de sa brièveté, son film manque de rigueur, s’égare en ornementations inutiles (une grenouille dans l’enfance…). Et surtout, alors que l’espagnol est impérativement requis, la voix off et les poèmes sont en allemand… Quand l’aiguille du gramophone se pose sur un épais 78T et que, parmi les crachotements de l’usure, monte la voix de la poétesse disparue, toujours consubstantielle à l’âme argentine, l’émotion est intense.

Alfonsina, de Christoph Kühn (Suisse, 2013). 1h15.

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