Photo

Alfred Bertrand, «le plus vaillant explorateur que Genève ait porté»

Fortuné, Alfred Bertrand s’est rêvé en explorateur du globe. Convaincu de la supériorité des blancs et de la religion protestante, il est représentatif d’un racisme ordinaire à son époque

«Un physique puissant, une foi d’enfant, une conscience intransigeante, une volonté et une énergie inébranlables […], tel était Alfred Bertrand.» Edouard Favre, Journal de Genève, le 4 février 1924. Alfred Bertrand décède à 68 ans, laissant derrière lui une veuve, une fortune, de nombreux écrits, une collection d’objets ethnographiques et de photographies, un musée situé dans sa magnifique demeure. Une légende, surtout. Celle du plus vaillant explorateur que Genève ait porté.

Pour le reste, on ne sait pas grand-chose; les archives personnelles ont disparu. Bertrand est né en avril 1856, d’une famille protestante probablement installée à Genève après la révocation de l’Edit de Nantes. Il perd son père à 7 ans, sa mère dix ans plus tard. Il a une sœur aînée. L’enfant grandit dans la maison de Champel. A la mort de sa mère, il part étudier en Allemagne. En 1877, il commence son droit à Genève mais l’interrompt au bout d’un an pour effectuer son premier tour du monde. Il s’embarque à bord de la Junon avec 19 autres jeunes hommes, encadrés par la Société de voyages d’études autour du monde. De Marseille, le groupe gagne Gibraltar, Madère, le Cap-Vert puis l’Amérique du Sud. A Panama, un conflit financier interrompt le voyage. Le rentier poursuit avec un camarade, direction les Etats-Unis, le Japon, l’Inde ou encore l’Egypte.

Trois ans plus tard, il part chasser l’ours et le bouquetin en Inde. En 1894, il rejoint Percy C. Reid, compagnon de l’expédition au Cachemire, pour une exploration du Haut-Zambèze. Le mot est lâché, Bertrand exulte. Il veut «remplir les blancs de la carte», emprunte un itinéraire méconnu qu’il tente de faire reconnaître à son retour. Publie Au pays des Ba-Rotsi, son sésame pour entrer dans le monde fermé des défricheurs du globe. Il rédige de nombreux articles, dans le Journal de Genève, donne des conférences et intègre plusieurs sociétés de géographie. Il bâtit sa réputation sur un seul voyage.

C’est durant ce séjour africain qu’il rencontre le père François Colliard, fondateur de la mission du Zambèze. Bertrand consacre les années suivantes à promouvoir la mission à travers l’Europe. A 51 ans, en 1907, il épouse Alice Noerbel à Milan, l’une des principales dirigeantes de l’Union chrétienne de jeunes filles. En guise de voyage de noces, ils effectuent un deuxième tour du monde. Fils de son époque, Bertrand est convaincu de la supériorité de la race blanche et surtout de celle du protestantisme sur toute autre religion. Admirateur de l’empire britannique, il est opposé à l’esclavage.

En 1933, Alice cède le parc à la ville de Genève, la demeure quelques années plus tard. Le couple accède au rang de bienfaiteurs de la cité; tous deux reposent au cimetière des Rois.

Publicité