Scène

Alfred de Musset rock star à la Comédie de Genève

La Française Catherine Marnas donne des accents punk au très romantique «Lorenzaccio». Mais ce spectacle secoué ne ravit pas

Il faut parfois résister à la tentation de plaire. Le Lorenzaccio d’Alfred de Musset a des rugissements punk à la Comédie de Genève. Il explose en volcan romantique, comme au temps de sa jeunesse débraillée. L’auteur de La Confession d’un enfant du siècle a 23 ans en 1833, il vient de rencontrer George Sand, il l’aime au galop, elle lui souffle le sujet de Lorenzaccio, il écrit dans la foulée. Cette fureur de vivre, la Française Catherine Marnas tente de la restituer dans une mise en scène plus rouée qu’inspirée. Il y a du tape-à-l’œil dans cet exercice de style qui séduit par intermittence, mais gomme les nuances du drame.

Qu’est-ce que Lorenzaccio? Le tableau de la Florence d’Alexandre de Médicis, duc à la braguette alerte, guetté par des Républicains qui haïssent ses caprices. C’est aussi une idée de la France, celle d’une jeunesse qui, en 1830, a espéré en chassant Charles X retrouver la pureté de 1789. Lorenzaccio est l’enfant du désenchantement: la révolution a échoué, la société est un marécage, mais lui surnage. La nuit, il coasse dans les eaux du délice avec son cousin et maître Alexandre. Le jour, il rêve son crime, l’assassinat du tyran, ce corrupteur d’âmes. Un grand acte pour exister. Le romantisme précède l’existentialisme de Sartre. Aux commandes, Catherine Marnas actionne deux leviers, la mascarade sociale et la fureur juvénile. Son préambule musical, façon Kurt Cobain, secoue. Sentez comme ça tremble sous votre siège. Voyez la société florentine, ses courtisanes en extase, ses gladiateurs du matelas. Vous les apercevez derrière un rideau transparent, sur une seconde scène plantée sur les planches. Mais c’est Lorenzo (Vincent Dissez) qui titube, chemise languide, perruque blonde androgyne qu’il rangera plus tard dans sa poche, entre deux mondes, entre deux sexes.

Ce travail d’actualisation ravirait s’il ne maltraitait pas autant le texte. Sur scène, les acteurs compressent la partition. Ils la hurlent, la scandent au micro, la précipitent toujours. Dans cette veine bouffonne, des scènes merveilleuses passent à la trappe. Ce moment par exemple où la marquise Cibo tente de prendre possession du cœur d’Alexandre, dans l’espoir aussi de le persuader de faire corps avec le peuple de Florence. Double manœuvre, politique et amoureuse. Dans le rôle d’Alexandre, Julien Duval subit l’assaut de l’actrice Bénédicte Simon. Elle le chevauche sur un sofa oriental; il la détricote, tout en débitant ses tirades. Le geste ici est trop lourd – et convenu – pour ne pas emporter avec lui le plaisir de la langue et la beauté d’une situation.

Tout fuse ainsi, à gros coups de pinceau flash. Musset supporte mal cet habillage. Sa jeunesse est d’un feu plus singulier.


Lorenzaccio, Comédie de Genève, jusqu’au 14 novembre; loc. 022/320 50 01 http://www.comedie.ch

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