Musique

Algiers, la rage chevillée au rock

Formé à Atlanta, le groupe emmené par le charismatique Franklin James Fisher a publié l’an dernier un deuxième album d’une incroyable densité, qu’il viendra défendre cet été au Paléo de Nyon

Si 21 Savage aujourd’hui, comme OutKast hier, a fortement contribué à faire d’Atlanta un centre de gravité du rap américain, la capitale de la Géorgie possède également une scène rock. Mais qui est toujours restée relativement discrète, peu de groupes connaissant, à l’image des Black Lips au milieu des années 2000, une véritable carrière internationale. Par contre, peut-être à cause de l’effervescence hip-hop alors que la ville était jadis un berceau de la country, les musiciens d’Atlanta semblent volontiers portés vers une certaine forme d’expérimentation, mus par une constante envie de sortir des sentiers balisés. A l’image d’Algiers, formation radicale et fabuleusement excitante que l’on verra cet été au Paléo Festival.

Si un groupe comme Deerhunter a su se faire un nom, d’autres formations d’Atlanta, comme Royal Thunder ou Carnivore, sont restées de belles promesses citées par des sites spécialisés comme des artistes à suivre. A l’opposé, l’album Algiers a dès 2015 imposé le groupe éponyme comme une pièce essentielle de la scène alternative américaine. Avec ses textes engagés et sa musique dressant des ponts entre la soul et le punk, entre le gospel et la cold-wave, le quartet emmené par Franklin James Fisher a instantanément frappé les esprits.

Sonorités synthétiques

Ce premier effort sortait une année après les émeutes raciales de Ferguson, et forcément s’en faisait l’écho. Fisher, qui a grandi à Atlanta avant de partir étudier en France et en Angleterre, se posait en leader charismatique et lettré, revendiquant une fusion socialement et politiquement ancrée dans la longue histoire de la lutte pour les droits civiques, le nom même d’Algiers faisant référence à la lutte anticoloniale.

Sorti en juin 2017, The Underside of Power, que l’on pourrait traduire par «la face cachée du pouvoir», poussait encore plus loin les expérimentations d’un groupe ne cherchant pas à caresser l’auditeur dans le sens du poil. La musique d’Algiers se mérite, dans le sens où elle n’est pas de celles qui s’écoutent en fond sonore à l’heure de l’apéro. Produit par l’Anglais Adrian Utley (Portishead), ce deuxième album est plus torturé encore que le précédent, distille un son plus urbain et oppressant, organique mais n’hésitant pas à frayer à l’occasion avec des sonorités synthétiques telle le drum’n’bass.

Marvin Gaye sous acide

Algiers a indéniablement quelque chose en commun avec le Londonien Ghostpoet, un goût pour des mélodies labyrinthiques, divergentes, là où d’autres font le choix du binaire. Mais il y a aussi, chez ces musiciens d’Atlanta aujourd’hui vivant entre New York et l’Europe, un groove profondément obsédant, comme sur la chanson-titre, «The Underside of Power», on dirait une reprise sous acide de Marvin Gaye. Quant aux textes, ils parlent toujours d’inégalités et de colère, sont le reflet d’une époque troublée, de l’ère du repli nationaliste, protectionniste disent certains, où la peur de l’Autre est érigée en valeur refuge.

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Un groupe politique, Algiers? Oui, il y a de ça. Mais il s’agit surtout d’un groupe aventureux, postmoderne aurait-on dit il y a quinze ans, préférant l’ombre à la lumière, et dont on se demande comment il passera l’épreuve du Paléo, face à un public qui – en majorité – ne sera pas venu pour lui.


Algiers en concert, Paléo Festival, mardi 17 juillet.

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