Alice Pauli est une grande figure de la vie artistique… faut-il dire: lausannoise? Oui, car c'est là que se trouve la galerie qu'elle a créée et dirige depuis 40 ans. Toute sa vie a été vouée au décloisonnement artistique d'une ville qui n'était encore, dans les années 60, qu'un chef-lieu de province. C'est en partie grâce à elle que Lausanne s'est fait une place dans les circuits internationaux.

Le portrait filmé qui lui est consacré dans la série «Plans-fixes» où elle dialogue avec la journaliste Françoise Jaunin, donne à voir une femme sérieuse et passionnée, une professionnelle discrète sur les blessures infligées par la vie. Des deux hommes qui l'ont accompagnée, dans une vie où l'amour de l'art est roi – son mari Pierre Pauli, créateur de la Biennale de la Tapisserie, décédé en 1971, et son fils Olivier disparu il y a quelques années – elle évoque la force qu'ils lui donnent par-delà la mort.

Située depuis 1990 au cœur du Flon, sa galerie a su s'attacher dès ses débuts des artistes tels que Maria Elena Vieira da Silva ou Pierre Soulages, qui, avec bien d'autres, en constituent le «noyau». Des valeurs montantes de l'art actuel continuent à la rejoindre. Et sa directrice poursuit le travail de recherche des «jeunes pousses» entrepris par son fils. «Il ne faut pas rester sur ses acquis.»

Quelle énergie chez cette élégante «dame du troisième âge» qui sillonne la planète pour visiter des ateliers, rencontrer des clients, participer à des foires. Pourtant, le marché de l'art n'est guère encourageant pour les galeries, soumises à la concurrence des foires et ventes aux enchères. Mais pour Alice Pauli, l'art, sous toutes ses formes, vaut tous les efforts: «Tout m'intéresse, même si, pour mes expositions, je me limite à ce qui est proche de ma sensibilité.»

Une avidité de découvertes qu'elle regrette de ne pas trouver chez le public romand. Un désir immense d'ouverture. Et en même temps, une profonde modestie face aux créateurs: «Ce ne sont pas les bons galeristes qui font les bons artistes, mais le contraire.»

Plans-Fixes: Alice Pauli. Projection le 1er mars à 18h30 au Casino de Montbenon. Entrée libre.