Saison

Aline Gampert invite à la fugue au Crève-Coeur

De Roland Dubillard à Victor Haïm, le plus petit théâtrede Genève affirme une ligne raffinée et délicieusement toquée. Avant-goût

D’un tel repaire, tout flibustier rêve, surtout s’il a l’âme bohème. Au Crève-Coeur, Aline Gampert vous reçoit en ondine, charmeuse et un peu farouche. Dehors, sur le coteau de Cologny (GE), le pré Byron offre une vue à se damner -pas trop – sur le lac Léman et la rade. Dedans, la jeune maîtresse des lieux célèbre, en enfant du printemps, sa prochaine saison – sa troisième en tant que directrice. Ecoutez-la: elle fait profession de modestie, au profit des artistes qu’elle a programmés. Ils sont une dizaine pour cinq pièces, autant de criques, comique ou sentimentale, intime ou aventureuse.

Comment faire vivre ce qui relève encore du mirage? En demandant aux acteurs et metteurs en scène de rêver le spectacle à venir face à une caméra, comme s’ils en dessinaient la maquette. Sur le mur du Crève-Coeur passe d’abord le visage bourlingueur du Genevois Patrick Mohr qui dit comment Les Diablogues de Roland Dubillard l’ont fait rire aux larmes sous le duvet. A l’écran encore, c’est au tour des actrices Marie Probst et Pascale Vachoux d’évoquer l’amour de leurs pères, figures de la scène romande – Jacques Probst et Richard Vachoux –, de dire comment le théâtre les a prises et plus lâchées. De cette pelote, elles feront une trame, Filles de roi, montée par Claude-Inga Barbey.

Présence, dites-vous? Plaisir de broder en tout cas. Voyez encore Alexandra Thys et Shin Iglesias, elles ont hâte d’empoigner Deux petites dames vers le nord, du très talentueux Pierre Notte; leur succèdent Céline Sorin et son Erik Satie ou l’inconnu d’Arcueil. En apothéose, un visage roublard et inquiétant vous happe, c’est celui de Christian Gregori. Il joue l’inconnu méphistophélique de La Valse du hasard Victor Haïm. Lui et Maria Mettral commerceront dangereusement, guidés à la mise en scène par Anne Vaucher et Antony Mettler.

Aline Gampert imprime ainsi sa ligne au Crève-Coeur, joueuse et à fleur de peau, fidèle aussi au souvenir de son père, Bénédict Gampert, poète et violoncelliste qui, au début des années 1990, ressuscitait cette poche à fictions logée dans la maison de famille. «J’espère que cela vous fait envie», lance l’hôtesse en conclusion. A l’évidence oui. Le public se presse d’ailleurs, chemin de Ruth. Le Crève-Coeur flibuste en beauté.


Rens. www.lecrevecoeur.ch

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