Neuf cents ans après la première croisade, l'idée même de ces périples bellico-prosélytes paraît tragiquement réactualisée. Julien Jalaleddin Weiss, le chef d'orchestre de l'ensemble syrien Al-Kindî, n'aurait pas pu mieux tomber. Français converti à l'islam, installé dans un palais mamelouk d'Alep en Syrie, il vivifie depuis des années la haute tradition des salons de musique dans le monde arabe. Avec le chanteur Omar Sarmini – dont la voix imprime des calligraphies classiques –, Weiss saisit le répertoire que les artistes courtois interprétaient sur le territoire syrien au temps des croisades.

En deux disques, accompagnés d'un livret docte, Les croisades sous le regard de l'Orient ressemble à un plaidoyer. En substance, ces chants mystiques affirment que la civilisation musulmane a offert au monde certaines de ses musiques les plus essentielles. Au moment même où l'Occident songeait à les détruire. Au-delà de l'enjeu didactique, les pièces que contient ce coffret devraient voler le cœur des amateurs de musique arabe. D'un côté ou de l'autre des hémisphères.

Les croisades sous le regard de l'Orient (Le Chant du Monde/Musikvertrieb).