roman

Allain Glykos raconte sans fard et avec humour la solitude de l’écrivain en séance de dédicace en plein mois d’août dans une station balnéaire

Allain Glycos raconte avec humour une séance de dédicace en plein mois d’août

Genre: Récit
Qui ? Allain Glykos
Titre: La Signature
Chez qui ? L’Escampette, 120 p.

A moins de faire partie des people ou des auteurs bien cotés au box-office, la séance de dédicace est un exercice plutôt rasant et cependant obligé dans la vie d’un écrivain. Bien sûr, le pensum peut tourner au plaisir si, contre toute attente, les gens accourent, ou si, tout de même, l’auteur signe à un rythme relativement soutenu et trouve à se réjouir de retrouver plusieurs vieilles connaissances venues le saluer. Il en va un peu de la dédicace comme de la marguerite qu’on effeuille, un peu, beaucoup, passionnément ou… pas du tout, du bonheur au désespoir, le dernier cas de figure étant probablement le plus répandu.

Et c’est bien l’extrême rareté de la signature qu’affronte, dans un geste autobiographique courageux, l’auteur bordelais Allain Glykos. Répondant à la demande de la librairie des Flots bleus, dans la ville de l’île où il passe d’ordinaire ses vacances, en plein mois d’août, il signe son ouvrage précédent, Nunca más. Plus jamais. Ce roman (voir LT du 27.06.2009) parle de violence conjugale et accessoirement de la lâcheté d’un homme qui en est le témoin. Mais Glykos n’est plus dans la chambre de l’hôtel où il entendait, ou croyait entendre, de l’autre côté du mur, des coups assenés et des pleurs étouffés, il est assis au bord d’une rue piétonne, derrière une table en formica, «pour vendre une poignée de livres». Il s’y met à dix heures du matin. Rude expérience: à midi, toujours rien, pas le moindre livre vendu.

Stoïque, l’écrivain qui ne fait pas recette attend. A défaut de vendre, il encaisse quelques fines remarques des passants, dont la première, lourde de sa bête vérité, pourrait à elle seule l’écraser: «C’est con de ne pas avoir de succès.» Mais le narrateur s’accroche, ne renonce pas, il parcourt toute la gamme du dépit, de la simple déception au désespoir, de l’autodérision à l’humiliation, le tout pimenté de souvenirs d’autres séances de dédicace tout aussi cuisantes. Cela frise le masochisme. Cependant, mine de rien, le monde qu’il décrit apparaît bientôt aussi comique et dérisoire que l’écrivain largué au bord du trottoir. Ils font un monde, l’écrivain qui aurait voulu signer pour échapper au désœuvrement et ses lecteurs putatifs qui déambulent sans le voir. Un monde que peut dire l’écrivain apparemment désœuvré. Son insistance est pathétique. Il s’éclipse à midi sur le résultat de zéro livre vendu, décide de ne pas revenir à 14 heures, mais regagne à 17 heures sa table en formica devant la librairie des Flots bleus sous prétexte que «la France de l’après-midi est peut-être différente de celle du matin». Le vaillant auteur se demande ce qu’il aurait fallu pour attirer les foules.

Notez, il arrive que des yeux le fixent et même que des gens s’arrêtent près de la table en formica. Le premier signe d’intérêt vient d’un chien d’aveugle nommé Zola… Le deuxième lorsqu’il écrit en lettres capitales Jean d’Ormesson sur une feuille qu’il place devant ses ouvrages. A la page 63, l’auteur vend son premier livre à un couple de Hollandais. Il en vendra bien quelques-uns. Mais peu importe, au-delà des affres de l’écrivain venu signer et qui ne signe presque pas, Allain Glykos embarque le lecteur de La Signature dans une désopilante ­méditation sur la condition de l’auteur, du lecteur et du non-lecteur au cœur de l’été.

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Allain Glykos

«La Signature», extrait

«Lire entre les lignes. J’écris aussientre les lignes,ça fait gagnerde la place et économiser du papierà l’éditeur»
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