Les catastrophes sont photogéniques. Chacune possède une imagerie au pouvoir très évocateur; flots submergeant la ville pour les tsunamis, monceaux de gravats pour les séismes, toits pointant sous l’eau pour les inondations. De toutes émane généralement une icône, créée par les médias. Toujours la même. Un être perdu au milieu du désastre. Seul, hébété devant l’ampleur des dégâts. Un être équipé d’une armure ridicule face aux déchaînements naturels. Un personnage de pacotille.

Comme cette femme agrippée à son parapluie, dans les décombres d’une habitation, au lendemain du tremblement de terre qui vient d’ébranler le Sichuan. Que peut-elle, hormis constater? Chercher, peut-être, un objet auquel elle tenait. La rescapée chinoise rappelle immanquablement sa consœur japonaise. Celle qui fit la une de tant de journaux après Fukushima. Une jeune fille emmitouflée dans une couverture beige, debout parmi un amas de tôle froissée et de morceaux de bois arrachés. Ou cet Américain assis sur les tuiles de sa maison après le passage de l’ouragan Katrina.

Pourquoi ces images reviennent-elles immuablement, après celles des premiers secours et des corps portés hors des ruines? Parce que les photographes les prennent sans doute plus que d’autres et parce que les médias les élisent parmi la masse de clichés qui leur arrivent. Parce qu’elles sont les parfaites allégories de la vulnérabilité humaine face à la puissance des éléments. Sous un coin de parapluie.