Heure de montée des extrêmes, temps de doutes et de dilemmes. Zoo Station, en référence à la gare du zoo de Berlin, commence le 31 décembre 1938. Quelques heures plus tard, l’Allemagne entre dans l’année 1939, durant laquelle sera déclenchée l’apocalypse de la Seconde Guerre mondiale. John Russell est un journaliste anglais basé à Berlin, comme correspondant. Un peu plus que cela: il a eu un fils avec une Allemande. Le couple est séparé, John fréquente une actrice qui commence à jouer pour des films marqués par l’idéologie du nouveau Reich. Son fils, lui, a été enrôlé dans la Jungvolk, la division cadette des Jeunesses hitlériennes.

Elogieux

Au début de son parcours durant cette tranche d’histoire, John semble être un correspondant effacé, pestant contre la brutalité des maîtres du pays et des soldats, déjà omniprésents. Il a aussi un passé communiste. C’est ce qui lui amène, un jour du début 1939, le contact aussi discret qu’embarrassant d’un représentant de l’URSS. Les Russes, qui veulent obtenir un accord avec Berlin, souhaitent publier une série d’articles élogieux à l’égard du Reich. John accepte. Il voyage parfois dans le pays, et voilà qu’il est approché, ensuite, par les services secrets… anglais.

Début de fresque

Auteur et éditeur le disent, on ne dévoile donc rien: Zoo Station constitue le début d’une fresque, le roman laisse donc la situation en plan, il faudra lire la suite dans Silesian Station. L’écrivain prend son temps pour décrire son personnage et son environnement, et il est habile dans la mise en place d’un état de fait qui va devenir complexe: ou comment un simple journaliste, au cœur du pays qui va devenir le plus dangereux du monde, va traverser des circonstances qui le conduisent à se faire espion.

L’intérêt croissant que représente John pour les puissances en jeu, pion sur un terrible échiquier, fait du héros une figure que l’on aimera suivre, et qui a les atouts pour devenir majeure dans le registre du thriller historique.


David Downing, «Zoo Station», trad. de l’anglais par Cindy Colin Kapen, Le cherche midi, 344 pages