Littérature

En Allemagne, les discours d’extrême droite secouent le monde du livre

A la suite d’un scandale littéraire avant la Foire du livre de Leipzig, les milieux académiques et culturels se demandent comment affronter la pensée nationaliste

Un scandale secoue la scène littéraire allemande. A l’origine, les déclarations polémiques d’Uwe Tellkamp tenues le 8 mars dernier. Lors d’un débat public, l’auteur du best-seller La Tour (2008) tient des propos qui correspondent à la ligne politique de l’AfD (Alternative für Deutschland, extrême droite), affirmant que la plupart des réfugiés «ne fuient pas la guerre ou les persécutions mais viennent pour immigrer dans les systèmes sociaux, environ 95%». Suhrkamp, sa maison d’édition, s’est distanciée de ces propos dans un tweet.

C’est la première fois qu’un auteur d’une telle importance adhère publiquement aux thèses de l’AfD. En plus des déclarations liées à la politique d’asile, Uwe Tellkamp dénonce une «dictature des mentalités», allant jusqu’à affirmer que «les journalistes sont d’entrée de jeu sur la même ligne que le gouvernement».

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Avec l’entrée au parlement de l’AfD après les élections de septembre, avec un score de 12%, l’Allemagne est confrontée à une nouvelle situation. Lors de la Foire du livre de Leipzig, qui réunit chaque année plus de 260 000 visiteurs et qui s’est terminée ce dimanche, cette question de l’interaction avec la nouvelle droite intellectuelle était au centre de nombreux débats publics.

Accepter mais dénoncer

Rebecca Pates, professeure en sciences politiques, propose des pistes. Premièrement, exclure du discours politique ceux qui ne respectent pas certaines règles: «Nous devons nous considérer les uns les autres comme des adversaires et non pas comme des ennemis, il ne faut pas proférer de menaces, il ne faut pas vouloir mettre en prison les gens qui ont un avis différent.» Avec ceux qui se tiennent à ces principes, il faut par contre chercher le dialogue et la confrontation idéologique.

D’autres propositions pour parler avec l’extrême droite sont d’adopter la formule «we agree to disagree», donc accepter que l’autre soit d’un avis différent tout en dénonçant ses arguments. Pour le théologien Frank Richter, il est important de rappeler que les limites de la liberté d’expression sont fixées par le droit pénal: «Là où se développe une argumentation raciste ou antisémite, si l’Holocauste est nié; là où la dignité humaine de quelqu’un est manifestement traînée dans la boue, le droit fixe des limites. Si pendant un débat quelqu’un franchit cette limite, c’est le devoir de l’animateur d’exclure cette personne.»

La progression de l’extrême droite dépendra aussi de la capacité des milieux culturels à y répondre. A Leipzig, on partage l’avis que cette réponse s’articule dans le dialogue. Pour cela, il faut repenser sa Streitkultur, sa culture de la dispute. Mais encore faut-il que la partie adverse veuille discuter. A la suite de la polémique, Uwe Tellkamp a annulé sa tournée de lectures.

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