Woodstock Forever (5/5)

A Altamont, la fin d’une utopie

Quatre mois après Woodstock se tient sur la côte ouest des Etats-Unis un festival gratuit ayant comme tête d’affiche les Rolling Stones. Les Hells Angels y assassineront un Afro-Américain, symbolisant ainsi tragiquement la fin du Flower Power

Cette semaine, à l’occasion du cinquantenaire de Woodstock, «Le Temps» fait revivre le festival légendaire qui a changé l'histoire de la musique.

Episodes précédents:

Le 28 août 1969, le Wall Street Journal se distingue avec un éditorial qualifiant Woodstock de festival «dégoûtant et pitoyable», et traitant le rock de sous-genre à «placer à un niveau inférieur sur l’échelle de la culture». Le quotidien new-yorkais sera le seul à passer à côté d’une manifestation qui reste aujourd’hui un marqueur important. La plupart des médias avaient en effet longuement commenté et analysé cet événement générationnel, se penchant aussi bien sur sa dimension sociologique que sur son impact culturel. Certains observateurs qualifièrent en outre de miracle le fait que malgré l’afflux inattendu de 400 000 personnes, aucun incident majeur ne fut à déplorer.

L’année précédente avait vu le Summer of Love californien se terminer sur une sévère gueule de bois. L’été 1967 avait été, à San Francisco, une sorte de parenthèse enchantée. Beaucoup de personnes ayant vécu de l’intérieur cette époque diront qu’elles ont très vite eu conscience que cela n’allait pas durer. Le quartier de Haight-Ashbury, devenu l’épicentre du mouvement hippie, ne pouvait contenir la foule de jeunes rêveurs venant y goûter aux promesses du Flower Power. Arrivée en 1968, une jeune Anglaise livrera ce témoignage édifiant: «Ce n’était pas l’endroit magnifique auquel je m’attendais. Il n’y avait ni fleurs, ni paix, ni amour. Les rues étaient en mauvais état, les gens avaient l’air mort. Trop d’addicts défoncés traînaient dans le coin. Des gamins avec une expression absente, un visage vieilli.» Ravagé par les drogues dures, Haight-Ashubury n’était plus un quartier sûr, les vols et les viols y étaient fréquents.