«Ecrire, c’est une manière de dire: j’ai des questions et je veux les poser.» Fabrice Melquiot, nouveau directeur du Théâtre Am Stram Gram, à Genève, prend les mots au sérieux. Hier, en préambule à sa présentation de saison, l’auteur français précisa encore, solennelle balise de territoire: «On est tous concernés par le grand projet politique de l’imagination.»

Une chose est sûre, le successeur de Dominique Catton n’est pas lénifiant. Avec lui, Am Stram Gram continuera à enseigner l’insolence et la désobéissance, objectifs liminaires du fondateur. Mais en quoi le «théâtre de la joie, de la délicatesse et de l’enthousiasme» de Fabrice Melquiot se distinguera de celui de son prédécesseur? Par la forte présence des arts du cirque. Clowns, acrobates, équilibristes ou encore «jeune artiste de corde brillant, mais qui déteste qu’on le lui rappelle» se pressent au programme du nouveau venu.

Un programme où ne figure qu’un seul projet romand (De mémoire d’estomac, d’Antoinette Rychner et Robert Sandoz, en mai) et qui tourne autour du monstre, de l’étrangeté et de l’animalité. A la rentrée, Fabrice Melquiot propose une réécriture de Frankenstein qu’il situe «à l’intérieur de Mary Shelley» – encore un hommage à l’auteur! Un personnage gros de son histoire qu’incarnera la fine Marie Druc sous la direction de Paul Desveaux. Des chansons de Simon ­Aeschimann allégeront ce «drame de la solitude» destiné à tout public dès 9 ans (21 sept.-13 oct.).

La deuxième création de la saison oscille elle aussi entre homme et animal. S’inspirant de La Belle et la Bête, la chorégraphe turinoise Ambra Senatore travaille sur «l’accident de parcours». Tapi dans un coin durant les répétitions, Fabrice Melquiot écrira ce que lui souffleront les corps. Ou n’écrira pas, a-t-il précisé hier, si le verbe devait nuire au mystère de Nos Amours bêtes (19 fév.-10 mars). Ces deux spectacles ont déjà 25 dates de tournée en France. Le réseau de diffusion, bel atout du nouveau directeur!

Castellucci pour les enfants

Les accueils jouent également la carte de l’étrangeté. Comme Hotel Paradiso , polar montagnard des Berlinois Familie Flöz (23-25 nov.). Ou Intérieur nuit , spiderman poétique de l’acrobate Jean-Baptiste André (16-20 oct.). Ou encore Qui a peur du loup? tragédie enfantine et hybride de Christophe Pellet (11-15 déc.). Mais le plus alléchant des visiteurs parmi lesquels figurent Emmanuel Demarcy-Motta et Joël Jouanneau est sans conteste Romeo Castellucci et son Buchettino . Où les spectateurs écoutent dans un lit Le Petit Poucet apprêté par ce maître de l’intensité (9-20 avril). Dire encore que sous l’intitulé «Le Laboratoire spontané», Fabrice Melquiot a imaginé une myriade d’activités interactives et créatives pour tout public, dont les adolescents. Un menu très gourmand.

Am Stram Gram, 022 735 79 24, www.amstramgram.ch