Qu'elles paraissent confites, Les Amantes sur la scène du Poche à Genève! Quel vilain traitement se voient-elles infligées! Quelle déception, à vrai dire. On avait pourtant toutes les raisons de se réjouir. Le Français Joël Jouanneau, qui signe cette création, a souvent ému le public, en mettant en voix et en corps l'univers de Robert Walser et de Jean-Luc Lagarce notamment. L'Autrichienne Elfriede Jelinek a la plume querelleuse, prompte à tordre le cou au fascisme rampant sous le masque de la respectabilité. Au bout du compte, cette coproduction entre le Théâtre de Vidy et le Poche s'avère totalement inoffensive et Jelinek très dépassée.

Les Amantes est l'itinéraire exemplaire de Brigitte (Stéphanie Chuat) et de Paula (Véronique Reymond): la première, ouvrière spécialisée dans le soutien-gorge, aspire au mariage, pour autant qu'il lui permette de fonder famille et entreprise; la seconde, plus volage, rêve d'un beau mâle et accessoirement de devenir couturière. Les deux vivront leur romance, c'est-à-dire ici un martyre. Adapté spécialement pour la scène, Les Amantes ont tout d'une farce. Joël Jouanneau l'a traité ainsi, projetant Brigitte et Paula dans un tableau alpestre, avec cadre bardé de cartes postales, montagnes en toile de fond et tyroliennes à gogo. Soit!

L'album aux clichés

Le metteur en scène a décidé de feuilleter l'album aux clichés, quitte à en abuser sans vergogne et à métamorphoser la prose cruelle de Jelinek en chansonnettes pour cabaret gentillet. Joël Jouanneau a surtout renforcé le caractère stéréotypé des personnages, au risque de souligner ce que le texte pouvait avoir de démonstratif. Plus contestable, il a privilégié un point de vue plongeant et comme condescendant sur ces héroïnes, posture tout entière incarnée par Christelle Tual dans le rôle du chœur, commentateur moqueur. Les Amantes deviennent alors prétexte à numéros d'acteurs et à clins d'œil multiples (Christelle Tual imitant le phrasé de Jean-Quentin Châtelain). Difficile du coup de se sentir concerné par un spectacle ni drôle ni vraiment nécessaire.

«Les Amantes», Genève, le Poche, jusqu'au 8 avril. Tél. 022/310 37 59.