Phénomène

Amélie Nothomb, baronne de la rentrée

Aussi constante que les hirondelles, l’auteure belge sonne l’heure du retour des livres en rayon avec «Le crime du comte Neville»

Amélie Nothomb, la baronne de la rentrée

Comment sait-on que c’est la rentrée littéraire? Facile. Depuis 1992, un même phénomène se répète invariablement à cette période de l’année: Amélie Nothomb publie un roman chez Albin Michel. Au fil des livres et des ans, son personnage s’est affirmé: tout en noir, chapeau un rien trop grand, teint clair comme une geisha, enfance japonaise oblige –, lèvres rouges et cheveux noirs comme Blanche Neige. Amélie Nothomb, qui publie cette année son 24e roman, est devenue dans le monde des lettres aussi iconique que Michael Jackson l’était dans le monde de la pop.

Amélie Nothomb annonce la rentrée, mais elle n’est pas pour autant une habituée des prix littéraires, d’où découle pourtant ce phénomène saisonnier d’agitation éditoriale. A son actif, parmi les récompenses de l’automne, on ne compte que le Grand Prix du roman de l’Académie française, qui distingua, en 1999, un de ses meilleurs romans, Stupeur et tremblements. Les plus discrets Prix de Flore et Prix Jean Giono l’ont également couronnée. Mais si elle figura parfois sur les listes du Goncourt ou du Renaudot, elle ne les a jamais remportés, pas plus que le Médicis ou le Femina. A force de régularité, ou de graphomanie (Amélie Nothomb affirme publier moins du tiers de ce qu’elle écrit), les jurys se disent sans doute que l’an prochain sera bien assez tôt, ou que le roman suivant sera certainement meilleur que le cru présent.

Terre natale

La Belgique, en revanche, sa terre natale, semble bien décidée à récompenser dignement son écrivaine la plus prolifique. En mars 2015, en effet, Amélie Nothomb a été élue à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, au siège de feu l’excellent sinologue Simon Leys. Un patronage asiatique prestigieux qui ne devrait pas lui déplaire. Elle y a été élue à une «grande majorité», a déclaré Jacques de Decker, son secrétaire, et y sera reçue pour «l’importance de l’œuvre, son originalité, sa cohérence, son rayonnement international».

Plus impressionnant encore, le 21 juillet dernier, date de la fête nationale belge, Amélie Nothomb, pourtant issue d’une famille d’aristocrates belges – son père est baron mais elle n’est pas l’héritière du titre –, est devenue «baronne», anoblie par décret par le roi Philippe de Belgique. Une noblesse de plume qui la consacre, désormais, en son pays.

Curieusement, son prochain livre, Le Crime du comte Neville (Albin Michel, toujours) se déroule précisément au sein de l’aristocratie belge. Il met en scène un sympathique aristocrate entièrement ruiné, mais qui tient cependant mordicus à assurer à ses invités – d’autres nobles belges, dont les «Nothomb» – la plus somptueuse des garden-partys.

Comme d’habitude, la baronne de la rentrée littéraire est en tête des tirages: 200 000 exemplaires sont prévus. Mais malgré ses succès antérieurs, malgré ses fans, malgré la routine, Amélie Nothomb se prête, comme la plupart de ses pairs, au jeu de la promotion et des signatures. La fin de l’été et le début de l’automne s’annoncent en marathon. Tour des plateaux de radio et de télévision, parcours de librairie en librairie à travers la France à partir de Paris, elle ira du Havre à Strasbourg, de Dijon jusqu’à Royat-Chamalières, où elle est, début octobre, l’invitée d’honneur d’un Salon du livre.

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