Dans l’actuel foisonnement de séries, entre autres fictions, qui utilisent le terme «American» comme entrée en matière, celle-ci affirme son ambition. «American Crime Story» se pose en monument du crime, et le premier chapitre de cette anthologie aborde l’épineuse histoire d’O. J. Simpson, joueur de football américain accusé, en 1994, d’avoir tué sa femme et un ami de passage, un soir dans leur luxueuse maison de Los Angeles.

Cuba Gooding Jr (révélé par «Boyz n the Hood», aperçu dans la série «Empire») a relevé le défi, incarner une personnalité nationale toujours controversée. Dans la salle de tribunal, les amateurs retrouveront David Schwimmer, le Ross de «Friends». Et la distribution comprend en sus John Travolta. La RTS dévoile cette série ce mercredi soir.

Cuba Gooding Jr: «Pas de jugement»

Rencontré au festival Séries Mania à Paris, l’acteur se fait modeste et critique à la fois. La consigne est donnée aux journalistes de ne pas parler de politique, il évoque d’emblée les tensions raciales, et fustige en particulier le système judiciaire et carcéral de son pays. «J’aurais pu être O. J.» est son credo; il cherche l’humanité du personnage, pas sa vérité juridique. «Je ne veux pas juger. Je refuse de prendre position quant à sa culpabilité. Nous racontons l’histoire au plus près.»

Et il prend ses distances. A la mention du vrai O. J. Simpson, lequel purge une peine de prison pour un enlèvement et vol à main armée bien après la mort de sa femme, l’acteur glisse: «Je ne veux pas le rencontrer. Connaissant la prison aux Etats-Unis, je le plains. Mais je n’ai pas voulu me rapprocher ou être influencé. J’ai accepté par pure confiance envers Ryan Murphy, qui m’a proposé le rôle.»

Ryan Murphy, l’Amérique du sanguinolent et de la justice

Ryan Murphy, ici producteur, figure du paysage télévisuel américain, naguère créateur de «Nip/Tuck», aujourd’hui chef de la troupe Grand Guignol d’«American Horror Story». La symétrie des noms des deux séries ne doit pas troubler: elles n’ont rien en commun. Mais elles incarnent une intention à deux faces, des cauchemars collectifs d’un côté, des psychodrames nationaux de l’autre.

Dans «American Crime Story», Cuba Gooding Jr s’en sort magistralement, au service d’une série qui malgré son titre programmatique, traite bien davantage de la justice américaine et ses égarements que du crime proprement dit.


American Crime Story: The People v. OJ Simpson. RTS Un, dès 23h15.


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