Cette fois, c’est au tour des sorcières. La troisième saison de «American Horror Story» (AHS), dite «Coven», sortie ces jours en DVD, se nourrit du passé trouble des procès en sorcellerie, il y a trois siècles. Elle déplace un peu le champ de bataille, depuis la Nouvelle-Angleterre Salem et sa fraîcheur automnale, à la moiteur de La Nouvelle-Orléans. C’est là que les sorcières apprennent à vivre dans ce monde qui leur devient de plus en plus hostile. Fait notable, cette saison se déroule à la fois au début du XIXe siècle et de nos jours.

AHS aura au moins cinq saisons, et la quatrième est en cours de diffusion aux Etats-Unis. En ces temps de rumeurs urbaines peignant des clowns armés de haches dans les rues de villes européennes, ainsi que de Halloween, le projet de Brad Falchuk et Ryan Murphy (naguère créateur de «Nip/Tuck») acquiert davantage de signification à chaque chapitre.

Passé leurs génériques poisseux à musique classieuse, les épisodes d’AHS construisent une géographie à la fois collective et particulière de l’épouvante moderne, façon Amérique du Nord. La première saison se bâtissait sur la maison hantée; la deuxième («Asylum»), mêlait hôpital psychiatrique et personnel religieux tortueux; la troisième donne dans les ballets magiques, et maléfiques; la quatrième, située en Floride dans les années 1950, se situe dans un cirque de personnages monstrueux. Là, le slogan est «Freakshow», il résume bien l’ensemble du projet.

Pour porter cette exploration de hantises nationales, les producteurs ont le bon goût de s’appuyer sur une troupe régulière, surtout des actrices, qui changent de rôle à chaque saison et chaque époque. En particulier, Jessica Lange et Frances Conroy. Pour le bonheur des amateurs, la troisième fournée ajoute à la farandole Kathy Bates, qui s’était familiarisée avec les grimaces dans «Misery», et qui revient en outre durant la saison suivante. Il y a vraiment de quoi frissonner.

On pouvait, on peut toujours, trouver ampoulé et prétentieux ce titre de «American Horror Story». Mais il faut admettre que peu à peu, les concepteurs échafaudent leur chapiteau, posent leurs femmes à barbe, détaillent leurs hospices maudits… Et si elle ne fait pas vraiment peur, cette danse macabre finit par fasciner, à force d’obstination mythologique et de suite dans les idées – noires, bien entendu. De toute évidence, Ryan Murphy, Brad Falchuk et leurs auteurs sont les vrais méchants clowns du moment.