Roman. Dominique de Rivaz. Douchinka(Petite âme). L'Aire, 104 p.

La cinéaste Dominique de Rivaz explore ici un nouveau territoire: l'écriture romanesque. Les lieux où se déroule ce premier roman, Douchinka, supposent d'ailleurs eux aussi un sérieux déplacement pour cette artiste suisse, qui a réalisé notamment Mein Name ist Bach (2004), puisqu'elle choisit de décrire une Russie du futur, «Grand Empire» définitivement voué au chaos, après la «Grande Colère».

Autour d'une fascination, celle des «Grandes» expositions de corps humains écorchés puis plastinés, Dominique de Rivaz invente une fable ludique sur la valeur de la vie. Elle puise dans la tradition et la littérature russes pour narrer le destin d'âmes mortes ou vivantes, devenues matière à transactions, en se promenant à la lisière du fantastique.

Le récit suit Rada, jeune femme pleine de ressources qui croise Alexeï, jeune homme pâle à l'âme vendue. Se cherchant presque sans le savoir, lancés sur la piste des âmes et à la rescousse de quelques humains, ils trouveront peut-être l'amour, enclos dans des pépins de grenade ou ailleurs: «Lorsqu'il découvrit les omoplates, il vit, repliées sur elles-mêmes, deux ailes parfaitement formées. C'était donc à cela que ressemblait l'intérieur d'un ange?»

Dominique de Rivaz mène avec Douchinka un récit très vivant. Et, c'est sa grande force, malgré un sujet terrifiant, elle ne cède jamais au morbide. Elle ne cesse de s'échapper vers le ciel, vers l'étrange, vers le conte.