Concert

Ammar 808, la science du crash

Le projet du Tunisien Sofyann ben Youssef, de passage à Festi’Neuch ce samedi, mêle les traditions du Maghreb à divers types de brutalités sonores. Absolument réjouissant

On a découvert le premier titre d’Ammar 808 en dix-septième position de la quarante-sixième livraison de The Wire Tapper, la compilation d’objets sonores étranges que sort quelques fois par année le magazine britannique The Wire, bible mensuelle des musiques actuelles aventureuses. Le morceau en question se nomme Essoug Rsam, et l’entremêlement de ses constituants a tout d’une joyeuse révolte – car si la fusion des musiques électronique et world (pour user d’un terme consacré) est à peu près aussi ancienne que la première d’entre elles, la manière dont elle est ici gérée est pour le moins brute: une voix arabe qui chante une antienne répétitive, un agglomérat de motifs de ney, un concassage rythmique binaire propulsé par une TR 808 (une des légendaires boîtes à rythmes du constructeur Roland) et basta. Le résultat? Quelque chose qui se situerait à mi-chemin du Club Tahar Haddad (Tunis) et du Berghain (Berlin). Ce qui correspond à peu près à la latitude de Milan, mais ce n’est pas tout à fait le propos ici.

Djebel électrique

Derrière ce projet folklo-techno (ou ethno-electro – voire futuro-rétro), un homme: Sofyann ben Youssef. D’origine tunisienne, aujourd’hui installé en Belgique après un passage par l’Inde, ce musicologue et compositeur est presque devenu un coutumier des hybridations: l’année passée, sous le nom de Bargou 08, il mélangeait déjà les chansons typiques du djebel éponyme aux instrumentations électriques – on sera bien inspiré d’écouter son album Targ, sorti chez Glitterhouse.

Pour Ammar 808, Ben Youssef pousse la science du carambolage un cran plus loin: accompagné de son compatriote Cheb Hassen Tej, de l’Algérien Sofiane Saidi et du Marocain Mehdi Nassouli (le tout réuni sous l’appellation Maghreb United), il propose des pièces qui jouent avec brio de la déconstruction et de la suture des univers: darbouka et kick de synthèse, guimbri et lignes de basse caverneuses, guitares du Ténéré et effilochements de distorsion, la rudesse consonantique de la langue arabe jouant ici le rôle de liant énergétique. Ainsi les quelques titres que l’on a déjà pu entendre d’un album à paraître tout soudain (le métier de journaliste conserve quelques privilèges) sont-ils autant de déclinaisons sur le thème de l’électrochoc. Danse dure en perspective.

Ammar 808. Dans le cadre de Festi’Neuch. Sa 16 à 23h15.

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