Ce jour-là, au Petit Théâtre de Lausanne, Horta Van Hoye donnait son spectacle devant une salle pleine à craquer d'écoliers qui ont poussé des cris stridents une fois plongés dans le noir qui précède la représentation. «J'ai crié parce que j'ai eu peur», a expliqué un garçon à la marionnettiste plus tard. «Moi, ce sont vos cris qui m'ont fait peur», a-t-elle répondu, souriante. Pourtant, elle n'en avait rien laissé paraître. Elle avait, d'une voix sereine, avec juste une historiette, calmé et capté son jeune public. Elle a l'air de rien Horta Van Hoye. Juste d'une gentille dame avec un large visage candide, dansotant dans un grand tablier gris. Et pourtant, quelle magicienne!

Sur scène, deux gros tas de papier chiffonné, des bribes aussi. Et un grand rouleau de papier journal. Horta Van Hoye récupère les fins de rouleaux des imprimeries. C'est son matériau, comme d'autres plus minéraux que cet artiste belge installée en Argovie sculpte ou modèle dans son atelier. Le papier a l'avantage de la légèreté. Horta Van Hoye a eu l'idée d'y chercher des figures. «J'aime les visages», explique-t-elle. Elle a mis du temps à dompter ce matériau fragile. Mais ensuite, elle a eu envie de lui donner vie sur scène.

Devant son public, elle chiffonne le papier, en sort une forme oblongue dans laquelle elle glisse ses mains, telle une accoucheuse. Elle la retourne, la «débosse», c'est-à-dire lui offre une sorte de lifting. Puis, penchée sur cette forme, elle façonne un chapeau, un front – «maintenant, je vais lui faire l'intelligence» – profile un nez, creuse des yeux, modèle une barbe. Elle relève la tête, un peu rouge d'avoir dompté sa matière sans la déchirer.

Ce n'est que le début du miracle. Le personnage est diablement vivant. Il se penche amoureusement sur sa créatrice, qui s'empresse de lui offrir une compagne. C'est ainsi toute une histoire de vie, de générations qui commence et qui va peupler la scène. Horta Van Hoye conte en sculptant. Elle tire des coulisses, à l'aide de cordes et de pinces à linge, tout un tas de figurants. Des deux tas posés sur la scène, comme du limon des origines, vont encore sortir d'autres personnages avant qu'un jeu de lumières final donne à l'histoire une touche de couleurs.

Histoires de visages au Petit Théâtre, pl. de la Cathédrale 12 à Lausanne. Me à 15h, je-ve à 19h, sa à 15h et 19h, di à 17h. Jusqu'au 20 mars. (Rés. 021/323 62 13.)