De l'écrivain et éditeur Yves Berger, qui vient de disparaître à l'âge de 70 ans, on disait volontiers qu'il était un grand manitou de la vie littéraire française, car il avait, durant quarante ans, été le directeur des Editions Grasset et, à ce titre, un professionnel des relations publiques acharné à défendre sa maison dans la course aux prix littéraires, l'Interallié notamment. C'était là aussi une manière de faire allusion à sa passion de toujours, l'Amérique du Nord, qui lui avait valu l'an dernier encore le Prix Renaudot de l'essai pour son Dictionnaire amoureux de l'Amérique (Plon), où il prenait le contre-pied de l'anti-américanisme ambiant.

Tous ses livres publiés chez Grasset portent la trace de cette passion exclusive, du roman d'apprentissage Le Sud (1971) au récit de la genèse de sa quête de l'imaginaire américain dans Les Matins du Nouveau Monde (1987), en passant par Le Fou d'Amérique (1976). Mais son écriture, qu'il voulait visionnaire et lyrique, était bien française – tout comme sa diction impeccable sous l'accent qui trahissait ses origines avignonnaises – et témoignait de l'attachement respectueux qu'il éprouvait pour la langue, la syntaxe classique et l'imparfait du subjonctif, lequel lui était quasi consubstantiel. «Etre un mot dans un dictionnaire», voilà l'idéal dont rêvait ce manieur de vocables incantatoires.