Il est bien né, comme on disait dans le temps. Peter Beard, 82 ans, avait disparu le 31 mars. Atteint de démence sénile, il a finalement été retrouvé mort, près de sa résidence de Montauk, à l'est de New York.

Héritier du fondateur de la compagnie de chemin de fer The Great Northern, il passe une enfance à l’abri du besoin. Ce qui va sans doute beaucoup aider à nourrir ses rêves d’évasion. Peter Beard a 16 ans lorsqu’il découvre l’Afrique en dévorant le livre Out of Africa. Il décide d’en parler avec Karen Blixen, son auteure. Elle le reçoit. Il y aura un avant et un après cette rencontre. L’après, c’est le départ, au début des années 1960, pour le Kenya, où Peter Beard achète un ranch tout près de la ferme de l’écrivaine danoise.

Photographe, mais aussi artiste et écrivain, il saisit la beauté de la nature fauve et celle de ceux qui y vivent et qui y rugissent. A la manière d’un journal intime, il améliore parfois ses tirages en les rehaussant avec de la peinture, des dessins au crayon, des collages et de l’écriture. C’est ainsi que, grâce à ses images, il va alerter l’opinion publique sur la disparition des éléphants. Publié en 1965, La fin d’un monde raconte ainsi la terre détruite par l’arrivée de la civilisation. En avril, Taschen venait de republier en version bon marché l'ouvrage collector que l'éditeur allemand avait consacré à l'artiste en 2006 et qui était épuisé depuis longtemps.

Mais le photographe des champs est aussi un photographe des villes. Lorsqu’il quitte la savane, c’est pour rejoindre sa propriété de Montauk, près de New York, où il cultive un cercle d’amis très select, parmi lesquels Andy Warhol, Truman Capote et Francis Bacon, qui fera son portrait. Une jet-set qui réfléchit et que son objectif capture comme les drôles de zèbres d’un autre continent sauvage.