Scène

Les amoureux silencieux

Avec une qualité de jeu époustouflante, «Silence», des Belges du Night Shop Théâtre, célèbre l’amour au grand âge au Théâtre des marionnettes de Genève

Un tour de force, tout en douceur. Oui, la compagnie belge Nicht Shop Théâtre réussit à insuffler de l’intensité à un quotidien des plus banals, ou presque. Leurs héros? Un couple très âgé dont l’amour est un trésor d’attentions et de petits riens. Dans leur maison de retraite, Jean et Elise se passent ainsi de mots pour dire leur tendresse, leur détresse aussi. On ne les quitte pas des yeux une seconde, on guette le moindre de leurs gestes. La magie tient aux marionnettes à taille humaine dont les visages sont plus vrais que nature, et qui sont manipulées à vue par des comédiennes dont les mains deviennent celles des personnages. Isabelle et Julie Tenret excellent en précision. Silence, co-écrit avec Bernard Senny qui les dirige, doit beaucoup à leur don d’observation.

Comment ne pas fondre quand Elise tente de discipliner une mèche rebelle sur le front de son bien-aimé. Ou quand Jean bricole à la sauvette un oiseau en papier journal à la table du petit-déjeuner, avant de l’offrir à sa dulcinée. Quel régal, aussi, de voir qu’ils ont pu déjouer l’attention du personnel en dérobant du sucre et de découvrir que ce portrait de la reine Fabiola trônant sur leur commode dissimulait une boîte de biscuits! Leur vitalité est d’autant plus touchante que ces héros vivent au ralenti. En imprimant ce rythme à leurs gestes – on entend même les pantoufles glisser sur le sol –, en répétant aussi des mouvements exécutés machinalement (se gratter la tête, réajuster ses lunettes), les manipulatrices sont au diapason de ces inséparables.

Pourtant, bien vite on comprend que de séparation il est aussi question. Quand Elise, soudain bouleversée, émiette un bout de gaufre pour des oiseaux qu’elle croit entendre. Quand elle s’écrie: «Qu’il est bel homme!» en contemplant, sans le reconnaître, son époux sur leur photo de mariage. Dans leurs habits d’aides-soignantes, cette fois, les comédiennes livrent des bribes de celle qui a déjà disparu, illustrées par la projection de films super 8 tournés par le couple au fil des ans. Ici, l’intensité éclôt aussi au-delà des mots.

Que reste-t-il d’un être cher? Une vie entière, la saveur des gaufres et des silences d’or.

«Silence». Théâtre des marionnettes de Genève. Dès 10 ans. 022 807 31 07, www.marionnettes.ch

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