Les ventes aux enchères d'automne à New York sont considérées comme le baromètre mondial du marché de l'art. Ce baromètre est au beau fixe, même si l'on remarque que quelques œuvres sont restées sur le carreau, ce qui est la règle surtout quand l'ensemble des lots proposés est d'une qualité exceptionnelle. On a donc assisté à une nouvelle valse des records. Records des ventes globales, records pour des artistes comme Clyfford Still, Willem de Kooning ou Andy Warhol. Record pour Ludwig Kirchner avec un tableau confisqué par les nazis et restitué après une longue procédure.

La mise à l'encan d'œuvres restituées, et le retrait d'un Picasso contesté (qui aurait sans doute valu un record supplémentaire), est l'un des faits marquants de ces vacations. Au moins pour l'anecdote historique. Car ce n'est pas elle qui a fait monter les prix, mais la valeur artistique de tableaux acquis très tôt par des connaisseurs, invendables pendant de longues années parce qu'ils se trouvaient dans des musées prestigieux ou parce qu'ils étaient incognito dans des collections privées.

Aucun indice ne signale pour l'instant qu'il s'agirait d'une bulle spéculative. Les acheteurs appartiennent à plusieurs aires économiques, alors qu'à la fin des années 1980, les Japonais dominaient le marché - leur départ a immédiatement entraîné une chute des ventes. La qualité des lots est constante. Les vendeurs sont incités par la situation à proposer leurs chefs-d'œuvre alors qu'ils sont prompts à les conserver en attendant des jours meilleurs quand ils anticipent une crise. Le marché des galeries et des foires internationales est toujours très actif; il permet d'observer l'élargissement de la clientèle et de tester les futures vedettes des enchères.

Le marché des œuvres multimillionnaires en dollars est très sensible, d'une part à l'arrivée de nouveaux acteurs, d'autre part à la rareté de la «marchandise» de qualité. Ces deux facteurs accentuent plusieurs phénomènes. Premièrement la hausse de l'ensemble des prix. Deuxièmement, les records successifs atteints par les valeurs sûres (Gauguin, Klimt, Schiele, Kirchner, de Kooning, Bacon ou Warhol cette année). Troisièmement, l'accession au pinacle d'artistes reconnus mais jusqu'ici restés dans une tranche de prix inférieure même si leur œuvre n'est pas inférieure en qualité (ainsi Clyfford Still). Quatrièmement, l'attention accordée à des artistes de plus en plus récents, d'où le succès de l'art des quarante dernières années.