Jusqu'ici, plusieurs professions distinctes exerçaient à différents niveaux le commerce de l'art. Les galeristes prospectaient les ateliers et, flair ainsi qu'affinités réciproques aidant, ils choisissaient de représenter tel ou tel artiste, de lui consacrer expositions et catalogues, d'officier auprès des amateurs éventuels moyennant commission. Les foires de l'art offraient aux marchands des espaces où défendre les couleurs de leurs poulains. A ce premier marché s'ajoutait un second qui passait par les maisons d'enchères, interfaces entre vendeurs et acheteurs, prélevant leur rémunération auprès des uns et des autres. Or voici que tout se brouille. Certains marchands ne se contentent pas de vendre. Ils produisent. Comme dans le cinéma, ils investissent pour rendre certaines œuvres possibles. Des installations immenses ou périssables, ou encore dont ne peut se vendre que la trace photographique ou la reproductibilité, exigent pour être montées et montrées des moyens considérables. Ensuite, il s'agit de faire fructifier l'investissement. Dûment «coachés», accompagnés de spécialistes en marketing, certains artistes, pris en main par les puissantes maisons que sont devenus certains marchands, font l'objet d'une gestion serrée.

Aux sommes consacrées à la mise en œuvre répondent les fortunes que certains lancent sur le marché de l'art. Les travaux d'artistes sont changés en gisements inépuisables. Avec ce qu'il faut de sens du commerce et du risque, les entrepreneurs l'ont compris, qui s'organisent méthodiquement pour travailler des marchés rendus avides, surtout du côté de l'Orient, et actuellement extrêmement liquides. Autrefois accusé de duopole - «comment, comment, ironise François Curiel, pour former un duopole, il faut être deux!» - le puissant couple Christie's+ Sotheby's devient le passage obligé d'un marché de l'art totalement intégré, aux perspectives miroitantes, où tous les pro- tagonistes ont désormais partie liée.L. Co.