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Quand André du Bouchet écrivait sur ses amis peintres

Un beau livre réunit les écrits du poète sur l’art, dont de nombreux inédits

Dans le très beau portrait au crayon d’Alberto Giacometti qui sert de frontispice à ce livre, la figure d’André du Bouchet apparaît avec cette intensité singulière qui, pour ceux qui ont eu la chance de connaître ce grand poète, était caractéristique aussi bien de sa personne que de sa parole. Une parole souvent abrupte, au demeurant. La poésie était un tel absolu pour lui qu’il ne pouvait être question de transiger, par exemple avec les conventions qui règlent les critères de compréhension du discours courant. Aussi bien, lire André du Bouchet n’est pas une entreprise facile.

Ce n’est pas une entreprise facile, doit-on comprendre, parce que écrire, pour lui, ne l’était pas davantage. Les textes de ce poète, qu’il s’agisse de ses poèmes ou, comme c’est le cas ici, de ses écrits sur ses amis peintres sont à chaque fois un commencement ou un recommencement, un élan dont l’essentiel est moins le point vers lequel il se porte ou auquel il aboutit que la force même avec laquelle il fraie son chemin.

Un aveugle aimanté par la vraie lumière

«Les essais, c’est tout», écrit Giacometti dans la marge d’un livre alors qu’il traverse l’Atlantique, comme si les œuvres – sculptures ou tableaux – auxquels il parvenait n’importaient guère ou n’étaient faites que pour être aussitôt abandonnées, sinon détruites. La même chose vaut pour du Bouchet. De sa longue amitié avec ce peintre, il avait tiré en 1972 un livre dont le titre était révélateur: … qui n’est pas tourné vers nous. Et quand il choisit de commenter un tableau célèbre, c’est le chef-d’œuvre de Nicolas Poussin intitulé Orion aveugle à la recherche du soleil levant qu’il choisit.

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Un aveugle à la recherche du soleil levant, ce pourrait être l’emblème de ce que l’écriture fut pour ce poète. Aveugle parce que ses yeux sont comme recouverts par le voile obscurcissant de tous les faux savoirs et à la recherche du soleil levant parce que aspirant à la vraie lumière, cette réalité qui est aussi bien en deçà qu’au-delà des apparences. André du Bouchet fut une sorte d’Orion. Chacun de ses poèmes – qu’il lisait de manière saisissante – était un acheminement vers le soleil levant et chacun des textes qu’il consacra à la peinture aussi.

Travail d’éditeur remarquable

Thomas Augais a fait, pour les éditions Le Bruit du temps, un travail remarquable qui a consisté à rassembler non seulement les écrits sur l’art que du Bouchet a publiés, mais aussi à faire un large choix parmi les textes restés inédits et qui figurent dans le large fonds qu’Anne de Staël, sa veuve, a déposé à la Bibliothèque Jacques Doucet à Paris. On y découvre des pages sur Géricault, Delacroix, Jongkind ou Vuillard, mais aussi sur ses amis parmi les peintres contemporains, d’André Masson à Miklos Bokor, comme de Nicolas de Staël à Geneviève Asse. Sans compter, bien sûr, les deux grandes figures dont il se sentit sans doute le plus proche dans ce domaine, Pierre Tal Coat et Alberto Giacometti.

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Publié dans un format majestueux, illustré de très belles reproductions, ce volume prend tout naturellement la suite des Carnets et des Essais sur la poésie que Clément Layet avait publiés voici quelques années chez le même éditeur. On ne peut que se réjouir de voir un grand poète si magnifiquement servi.


André du Bouchet, «La Peinture n’a jamais existé. Ecrits sur l’art, 1949-1999», Le Bruit du temps, 494 pages

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