La nouvelle déchire la douceur estivale: André Iten est décédé mardi des suites d'un accident cérébral survenu samedi, le jour même de son 56e anniversaire. Le fondateur et directeur artistique du Centre pour l'image contemporaine (CIC) de Genève se reposait dans sa maison drômoise après une période difficile, heurté qu'il était par les débats liés à l'avenir du CIC et à la fusion d'institutions d'art contemporain au BAC. Des témoignages de soutien du monde entier avaient malgré tout mis du baume au cœur de celui qui a travaillé pendant un quart de siècle avec beaucoup de discrétion.

Parce que le jeune Iten en référait beaucoup à la culture pour refuser l'armée, le juge l'envoya «cultiver des betteraves» pendant huit mois. Ce sera en fait l'ancrage d'un amour des arbres et d'une militance écologiste. Fils de tramelot, après un apprentissage d'électronicien, André Iten travaille au Centre de loisirs Marignac, à Lancy, et suit une formation en emploi comme animateur. Il entre ensuite à ce qui était alors la Maison des jeunes et de la culture de Saint-Gervais.

Dix-huit mois après son arrivée, en 1985, la première Semaine internationale de vidéo (SIV) accueille Bill Viola pour un atelier qui fait date. Le critique et théoricien français Raymond Bellour animait la rencontre: «Bill Viola a offert une vidéo qui inaugurait la collection de Saint-Gervais.» Aujourd'hui, 2700 œuvres témoignent de la richesse des programmes.

Raymond Bellour est revenu à chaque biennale. «Genève était devenu pour moi un vrai lieu de travail. J'appréciais la façon dont la manifestation réunissait une compétition, une exposition qui prenait en compte les installations vidéo malgré des espaces inadéquats, et des temps de discussion, de compréhension.» Il évoque aussi la façon dont André Iten donnait «une dimension affective au travail intellectuel. Il manquait parfois de confiance en lui, mais il sentait bien les choses grâce à une grande capacité d'ouverture et il a su le moment venu sortir de la vidéo, avec la vidéo.» La SIV est ainsi devenue Biennale de l'image en mouvement.

«Il m'a mis le pied à l'étrier»

De Bruxelles, l'artiste Marie José Burki salue également cette capacité à ne jamais se laisser enfermer dans une chapelle de l'art. En 1985 déjà, André Iten coproduit la première vidéo de cette élève de Silvie et Chérif Defraoui. «A un moment où peu croyaient à l'art vidéo, il m'a mis le pied à l'étrier comme à Simon Lamunière et à beaucoup d'autres.» Exposée au CIC début 2008, elle vient d'achever une vidéo sur l'hypocrisie et la corruption du jugement, à nouveau coproduite à Genève. Une thématique qui fait écho à sa colère contre une mort tragique arrivée à un moment où, pour elle, André Iten et le CIC n'étaient pas estimés à leur juste mesure.

C'est aussi la consternation pour Philippe Macasdar. Son alter ego à Saint-Gervais Genève pour le théâtre a d'abord une pensée très forte pour les deux jeunes enfants d'André Iten, qui ont déjà perdu leur maman il y a trois ans. Et il veut se souvenir de la façon dont le directeur du CIC a développé à Genève un intérêt pour l'art dans sa dimension sociétale.