Genre: jazz
Qui ? André Minvielle-Lionel Suarez
Titre: Tandem
Chez qui ? (Emotive Records/Disques Office)

André Minvielle, les plus obtus ont fini par s’en apercevoir, c’est l’imagination des cordes vocales au pouvoir. C’est vrai plus que jamais avec ce Tandem – Ni un plus un, ni deux où sa loufoquerie native se mesure aux accordéons, accordina, bandonéon et, dans la foulée, voix et percussion du guère plus académique Lionel Suarez. La déflagration était prévisible, elle dépasse nos plus ­secrets espoirs de dépités par la consensuelle mollesse du jazz ­vocal actuel.

Encore faut-il ruer dans les brancards avec talent, c’est-à-dire avec une musicalité capable de tenir en éveil non seulement notre fibre d’insurgés trop heureux de gamberger hors des sentiers battus, mais aussi nos exigences légitimes de mélomanes désireux de miser sur le bon cheval. Et, en l’espèce, c’est de galop qu’il s’agit, qui ne ménage rien sur son passage (si, pourtant, il faut écouter toutes esgourdes ouvertes l’inattendue et tendre ode à l’amour paternel qu’est «Juliette et Lucie»). Le point de non-retour de la folie truculente de ces deux athlètes des zygomatiques étant peut-être atteint avec leur «Mama Cucurbita», qui vire sans crier gare au «rap ratatouille, recette centripète que tout poète apprête en fête aztèque».

Le rap, justement, ce duo de tendres déjantés réussit à le ­remettre au haut de l’échelle poétique d’où trop d’indigents mercantiles s’étaient ligués pour le faire dégringoler. Vive le délire de la glotte quand il dilate la rate – mais on vous prévient, c’est contagieux.