décès

Andrea Camilleri, père du commissaire Montalbano, n’est plus

L’écrivain, dont la saga policière est d’une grande popularité en Italie comme dans plusieurs pays européens, est décédé à l’âge de 93 ans de complications cardiaques. Il laisse une œuvre gouleyante

On ne dégustera plus de petits rougets frits ou de pâtes ’ncasciata (pâtes au four mêlées de tomates, mozzarella, œuf dur, viande hachée, aubergine frite): l’hôpital où il se trouvait a annoncé ce mercredi le décès, à 93 ans, de l’écrivain Andrea Camilleri, père du mémorable commissaire Montalbano. Il avait été hospitalisé dans un état critique depuis un arrêt cardiaque en juin.

«Son état toujours critique de ces derniers jours s’est aggravé dans les dernières heures, compromettant les fonctions vitales», a annoncé l’hôpital dans un communiqué cité par l’AFP, précisant que les funérailles se dérouleraient dans l’intimité. Le pays compte néanmoins honorer la mémoire du romancier.

Une vocation tardive

Andrea Camilleri a été scénariste, metteur en scène et producteur – notamment d’une adaptation italienne de Maigret pour la TV. Il est venu à l’écriture de romans sur le tard, le premier Montalbano date de 1994. On compte 34 romans et des nouvelles, et sept romans au moins ne sont pas encore traduits. Le dernier en date en français, La Pyramide de boue, est sorti en juin. Il y conte, à travers l’enquête de Montalbano, les affres de la corruption dans les marchés publics au cœur de sa ville fictive, mais si vraisemblable, de Vigàta.

Nous mentionnions le dernier roman dans cet article.

Les intrigues, la nourriture et la langue

Cette cité sicilienne, inspirée de la ville natale de l’écrivain, a concentré l’univers unique de Montalbano, policier nonchalant mais facilement colérique, amoureux peu décidé, enquêteur hors pair secondé par des adjoints parfois un brin dadais – et assisté au commissariat par un réceptionniste incapable de restituer le moindre message de manière exacte.

La saveur de ces romans ensoleillés, sentant la mer, jamais lointaine, vient de leur description frontale, parfois même crue, des milieux mafieux et corrompus de toute façon. L’auteur y a ajouté la gourmandise tranquille de son personnage, dont les déjeuners sont légendaires – et suivis de l’indispensable petite marche sur le rivage. Troisième point fort de cette œuvre, sa langue unique, empruntant aux parlers locaux et régionaux. En français, le traducteur Serge Quadruppani l’a rendue avec talent, façonnant des mots verts et chamarrés pour donner corps à cette parole.


En 2017, à propos de «Jeux de miroir»: Montalbano est courtisé par une belle, et tout se complique

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