Cinq heures, dans la version longue, aux frontières de la fiction. Là où l'acteur jouit de son masque pour mieux s'en affranchir. Andrea Novicov aime projeter ses comédiens dans des zones de transit, histoire de détricoter les mailles de l'identité. La Nuit des rois, traque amoureuse sur fond de vertige identitaire, enrichit cette quête. Pour questionner aussi, jusqu'à le meurtrir, le théâtre, en tant que pratique et que pacte imaginaire liant spectateur et acteur. Traversée passionnante donc à l'Arsenic à Lausanne, avec élans et trous noirs. Une nuit sur les rives de l'Illyrie imaginée par Shakespeare. Le dispositif scénographique est une invitation à la plage. Sauf que les transats, où les spectateurs sont appelés à s'abandonner, sont trompeurs. Devant, une tribu moderne se passionne pour la vie des protozoaires. Documentaire sur petit écran somnambule. Avant-goût: les êtres unicellulaires n'ont pas de sexe. Fissure ontologique. Celle-là même qui sape le destin de Viola (Anne-Maud Meyer) et de Sébastien (Felipe Castro), jumeaux perdus.

DJ bouffon

A main droite, Vincent Bonillo en DJ bouffon sème la tempête. Et elle arrive. Vent d'ombres sur toute la largeur de la salle. Naufrage liminaire dans la pièce. Et guet-apens pour tous ici. Viola devient Césario et entre au service du duc Ostino (Khaled Khouri). Sébastien se cache dans le giron du bandit Antonio (Andrea Novicov). Inutile alors de chercher son cap. Andrea Novicov récrit en lettres cendrées la féerie. Non pour la resserrer. Mais pour la distendre, dans la version longue du moins. Avec sa myriade d'échos et d'interférences, le texte a tout ici de la boîte de Pandore. Les personnages s'évanouissent sous des lambeaux de costume, le théâtre est fantôme. Plus de fiction cousue main donc. Mais des chutes de film, pellicule brûlante et déjà consumée. Le théâtre y apparaît alors littéralement décousu. Et c'est la réussite du spectacle de la Compagnie Angledange. Lui échappe pourtant la folle légèreté au bord de l'abîme qui fait la beauté de l'oeuvre. Oui, cette Nuit se noie parfois sous la déferlante de propositions, victime de son propre discours. Si le théâtre peut être envoyé par le fond – idée maîtresse de cette création –, la posture même du metteur en scène devient critique. Mais voilà: le chaos sur un plateau suppose une maîtrise qui ne s'exerce pas en l'état. Trop de temps morts et un sentiment de flou en fin de compte.

Ce que vous voudrez ou La Nuit des rois, Lausanne, Arsenic, version longue les 18 et 25 janvier; version normale du 8 au 17 janvier. Loc. 021/625 11 36.